Ce dernier concert de la prestigieuse série des grands interprètes a créé l’événement car il s’agissait de l’un des tous derniers donné par Kurt Masur avec l’orchestre qu’il a dirigé comme chef principal de 2002 à l’an dernier. L’émotion était perceptible tant chez le chef de 82 ans que chez les musiciens de l’Orchestre National de France. Masur et Beethoven voilà un couple que les ans n’ont fait que solidifier, amalgamer en un indissociable maelström créant une force à laquelle nul ne veut ni ne peut résister. Qu’importe alors l’effectif gigantesque de l’orchestre avec huit contrebasses, qu’importe le poids d’un son plein et vigoureux. Les lectures subtilement romantiques sur instruments d’époque ne sont pas du même monde. Ici la figure patriarcale, à l’humanisme d’un Victor Hugo entraîne, plus qu’elle n’impose. C’est cela le charisme de Kurt Masur.
La patte du grand chef se retrouve dans la projection sonore acquise par l’orchestre français. L’homogénéité des timbres de l’ensemble n’occulte en rien la spécificité des différents pupitres ni la transparence de toute la structure. Rien de massif, d’excessivement « germanique » au sens parfois péjoratif que l’on donne à ce qualificatif. L’autorité bienveillante du chef obtient des musiciens la précision rythmique, le dosage instrumental idéal de la polyphonie beethovénienne. On remarque l’excellence de quelques uns des solistes, notamment des pupitres de vent, avec en particulier la formidable hautboïste solo. Ses somptueuses interventions lui attirent d’ailleurs un véritable triomphe personnel.
Deux des symphonies les plus idiomatiques du grand compositeur se partageaient la soirée qui s’ouvrait sur la « Pastorale », cette 6ème panthéiste qui distille le message hédoniste d’un amoureux de la nature. Kurt Masur la dirige comme un rêve paisible, rythmé d’une respiration qu’animent de subtils crescendos et decrescendos. Gaieté sereine, grâce légère caractérisent l’allegro initial. L’andante de la « Scène au bord du ruisseau » bénéficie de l’ineffable beauté des cordes « con sordina », alors que l’allegro « paysan » ne se départit pas d’une certaine lourdeur terrienne. Le déclenchement de l’orage, son déferlement mesuré mais contrasté s’enchaînent sur l’heureuse ferveur de l’action de grâce finale. Comme une image idyllique du bonheur en musique.
Un petit mot pour signaler une exposition qui se tient en ce moment même et jusqu'à début juillet à la Fnac Parly 2. Au programme des photos de Jean-Marc Volta, notre clarinette basse solo, qui comme vous pouvez le constater en surfant dans notre galerie , nous fournit très gentiment bon nombre de clichés.