|
BLOG
le Roc allemand résiste à la tramontane
Maxime Kaprielian
Le soleil réussit à Kurt Masur. Peu avant l’envol pour Londres, le National est venu en escale à Montpellier dans un répertoire germanique, avec à sa tête un octogénaire survolté. Malgré l’acoustique sèche du Corum qui prive les cordes de projection et surexpose les cuivres, l’ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg est menée avec brio en ce début de concert. Sa consœur quasi symphonique de Tannhäuser continuait le programme, Masur et le National s’ingéniant à faire ressortir tous les détails d’orchestration avec une minutie d’horloger.
Soyez le premier à commenter cet article | Citez cet article sur votre site |
|
Lire la suite...
|
|
Requiem réquisitoire
Didier van Moere
Créé pour l’inauguration de la nouvelle cathédrale de Coventry en 1962, le War Requiem de Britten, où le texte de la liturgie latine rencontre celui des poèmes du jeune pacifiste Wilfred Owen, mort à la guerre huit jours avant l’armistice de 1918, trouve en la Basilique Saint-Denis un cadre idéal. C’est l’acoustique qui l’est beaucoup moins, écrasant les cordes sous les vents, noyant la polyphonie, transformant la fugue de l’Offertoire en brouillard sonore. Solistes, chœur, orchestre, tout le monde en pâtit. Cela dit, Kurt Masur, toujours très à l’aise dans les vastes architectures, entretient avec ce War Requiem d’évidentes affinités, lui qui en a gravé une magnifique version avec le New York Philharmonic (Teldec). A la fois puissant et fervent, il rapproche plutôt l’œuvre de la grande tradition d’oratorio germanique, lorgnant aussi parfois - comme dans le « Requiem aeternam » - du côté de Chostakovitch, deux façons de souligner tout ce qu’il y a de grandeur désespérée, de tension continue dans la partition. Mais le « Libera me » n’est pas moins superbe que le « Requiem aeternam », le chef sachant aussi trouver, au-delà des visions d’apocalypse, le chemin de l’au-delà. On regrettera seulement certains décalages ici ou là, en particulier dans la scansion du « Dies irae », aggravés, redisons-le, par l’acoustique. Le fait de confier l’orchestre de chambre à second chef laisse aussi sceptique : non seulement il paraît d'autant plus lointain qu’il est placé derrière l’orchestre, mais surtout il paraît terne, Fabien Gabel ne parvenant pas, malgré l’exactitude de sa direction, à habiter vraiment des passages qui sont souvent les plus poignants de l’œuvre.
Soyez le premier à commenter cet article | Citez cet article sur votre site |
|
Lire la suite...
|
|
Requiem pour une acoustique
Maxime Kaprielian
« J’espère que cela fera réfléchir un peu les gens ». Au lendemain de la création triomphale le 30 mai 1962 de son War Requiem, Benjamin Britten était loin de se douter que son œuvre magistrale n’influencerait en rien le destin de la planète. Les déchirants poèmes de Wilfried Owen mêlés au texte de la messe des morts n’ont su toucher que les pacifistes convaincus.
Las, le message de paix du compositeur britannique ne risquait pas d’être communiqué dans l’acoustique virevoltante de la Basilique des Rois de France. Les limites de ces lieux pour les grands concerts symphoniques ont été plus d’une fois prouvés, mais qu’importe. Le subtil contrepoint rythmique de Britten s’efface sous des secondes de réverbération qui semblent des heures, les fanfares tonitruantes du Dies Irae ou du Sanctus écrasent le reste de l’orchestre, les cordes n’ont aucune projection, le chœur relégué au loin est sur un second plan sonore… Britten, s’il écrivit dans la finesse, convoque de grands effectifs : deux chœurs (dont un d’enfants), trois solistes, orgue et deux orchestres (de chambre et symphonique). A Saint-Denis cela devient un vaste maelström, d’où seuls émergent les solistes, l’orchestre de chambre et le chœur d’enfants, souvent traités à découvert, et donc audibles. La battue imprécise de Kurt Masur ne vient pas améliorer les évènements, les décalages entre le chœur et l’orchestre symphonique sont légion. Les mesures irrationnelles de l’œuvre (7/4, 15/8, …) ne conviennent ni au vieux maestro, ni au lieu.
Commentaires (1) | Citez cet article sur votre site |
|
Lire la suite...
|
|
Une fresque bouleversante
Christian Merlin
Lorsqu'il était directeur musical du New York Philharmonic, Kurt Masur avait enregistré une très belle version du War Requiem, de
Benjamin Britten : on y percevait les affinités du chef allemand avec
cette oeuvre poignante. Mais on ne pouvait prévoir pour autant le degré
d'émotion auquel Masur allait la porter à la basilique de Saint-Denis,
à la tête de l'Orchestre national de France, du Choeur et de la
Maîtrise de Radio France. Comme dans les symphonies de guerre de
Chostakovitch, Masur est chez lui dans ces fresques dénonçant
l'inhumanité du XXe siècle : on a l'impression qu'en
racontant l'histoire du monde il nous raconte la sienne propre. À
Saint-Denis, pourtant, les conditions sont loin d'être idéales pour la
mise en place du savant dispositif imaginé par Britten pour célébrer en
1962 la reconstruction de la cathédrale de Coventry détruite par les
bombardements. L'acoustique tournante de la basilique des rois de
France rend périlleux l'enchevêtrement des rythmes et la cohésion entre
le choeur et l'orchestre. Quant au fait de reléguer au fond le petit
orchestre de chambre qui vient relayer l'effectif symphonique, il en
brouille les contours, malgré la précision de la battue du jeune Fabien
Gabel, à qui Masur a confié cette tâche que Britten soi-même ne
négligeait pas d'endosser lorsqu'un autre que lui dirigeait la grande
formation. Quant au chef octogénaire, sa santé rend sa gestuelle de
plus en plus minimale.
Soyez le premier à commenter cet article | Citez cet article sur votre site |
|
Lire la suite...
|
|
"Pelléas" à la peine, hélas !
Marie-Aude Roux
Les 14 et 16 mars 2000, au Théâtre des Champs-Elysées, Bernard Haitink dirigeait l'Orchestre national de France dans une version de concert de Pelléas et Mélisande de Debussy d'anthologie. La publication sur disques de ce concert par Radio France chez Naïve a immortalisé ses soirées inoubliables. Sept ans plus tard, on retrouve le grand chef néerlandais, 78 ans, à la tête du même orchestre, dirigeant le même opéra, mais cette fois mis en scène par Jean-Louis Martinoty.
Quel bonheur de retrouver intactes et même en quelque sorte plus "goûteuses", les qualités d'une interprétation qui relève plus d'une diction que d'une direction. Une manière de lire la musique comme un livre, de traiter les timbres comme des mots, de prosodier les lignes comme des phrases, mais aussi de rendre la partition aussi claire qu'un synopsis mental. Délicatesse poétique, sensualité austère, violence lâchée puis reprise, le Pelléas d'Haitink rend avec une élégance presque sauvage les ambivalences profondes des personnages de Maeterlinck.
Soyez le premier à commenter cet article | Citez cet article sur votre site |
|
Lire la suite...
|
|
On a brisé la glace avec des fers rougis
Maxime Kaprielian
Paris, théâtre des Champs-Élysées. 14-VI-2007. Claude Debussy (1862-1918) : Pelléas et Mélisande, opéra en 5 actes sur un livret tiré de la pièce homonyme de Maurice Maeterlinck. Mise en scène : Jean-Louis Martinoty. Décors : Hans Schavernoch. Costumes : Yan Tax. Lumières : André Diot. Avec : Magdalena Kozena, Mélisande ; Jean-François Lapointe, Pelléas ; Laurent Naouri, Golaud ; Gregory Reinhart, Arkel ; Marie-Nicole Lemieux, Geneviève ; Amel Brahim-Jelloul, Yniold ; Yuri Kissin, le Médecin. Chœur de Radio-France (chef de chœur : Simon Betteridge), Orchestre National de France, direction : Bernard Haitink.
Après une version de concert mémorable et gravée pour l’éternité chez Naïve en 2000, l’Orchestre National de France a décidé de réinviter Bernard Haitink dans le chef-d’œuvre de Debussy cette fois mis en scène pour cinq représentations au théâtre des Champs-Élysées, une production qui sera exportée, à la fin de ce mois de juin, à Amsterdam.
Soyez le premier à commenter cet article | Citez cet article sur votre site |
|
Lire la suite...
|
|
Entre symbolisme et réalisme
Simon Corley
Magdalena Kozena (Mélisande), Jean-François Lapointe (Pelléas),
Marie-Nicole Lemieux (Geneviève), Laurent Naouri (Golaud), Gregory
Reinhart (Arkel), Amel Brahim-Djelloul (Yniold), Yuri Kissin (Le
médecin)
Chœur de Radio France, Stephen Betteridge (chef de chœur), Orchestre national de France, Bernard Haitink (direction musicale)
Jean-Louis Martinoty (mise en scène), Hans Schavernoch (décors), Yan Tax (costumes), André Diot (lumières)
Bernard Haitink, invité régulier de l’Orchestre national, l’a notamment dirigé dans Pelléas et Mélisande
(1902) en mars 2000: une version de concert qui s’est rangée d’emblée
parmi les grandes heures de la vie musicale parisienne (voir ici) et dont le témoignage a été diffusé grâce à une publication chez Naïve (voir ici).
Cadre de cet événement voici sept ans, le Théâtre des Champs-Elysées a
décidé de clore sa saison en proposant au chef néerlandais de reprendre
l’opéra, avec toutefois deux différences substantielles: non seulement
cinq représentations en sont données à Paris, suivies d’une exécution
de concert à Amsterdam, mais le chef-d’œuvre de Debussy fait cette
fois-ci l’objet d’une production à part entière, dans une mise en scène
de Jean-Louis Martinoty.
Soyez le premier à commenter cet article | Citez cet article sur votre site |
|
Lire la suite...
|
|
| | << Début < Précédente 1 2 3 4 5 6 7 8 Suivante > Fin >>
|
|