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TCE Gatti / Falstaff / Concertclassic / 24 février 2010

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concertclassic

Le retour du Cavaliere - Falstaff au TCE

Jean-Charles Hoffelé


Production pratique plus qu’inspirée, c’est certain, même si l’on aime le petit côté Dickens de la Jarretière. Mais Mario Martone dirige ses chanteurs tout en leur laissant un subtil espace pour inventer leurs personnages ; c’est bien l’avantage principal du spectacle : éviter toute caricature.

On regrettera vainement qu’une fois encore Falstaff soir chanté par un baryton, mais qui en dehors d’Ambrogio Maestri, pourrait être de voix et de physique tout Falstaff ? Anthony Michaels Moore a l’abdomen modeste, il ne charge pas le Cavaliere, lui donne une profondeur mais aussi une simplicité, quelque chose de moderne en somme. Contre la tradition il refuse le buffo sans tomber dans les excès d’un Falstaff sérieux, voire philosophe comme l’avaient imposé Giulini ou Abbado à leurs interprètes.

Face à lui Jean-François Lapointe campe un Ford prodigieux, amère, furieux, mais fuyant la caricature pour augmenter la puissance du caractère. Ladres parfaits, commères toujours aussi enjouées, avec au sommet une révélation, la Nanetta de Chen Reiss, et une confirmation, la Quickly irrésistible d’à propos et de faconde de Marie-Nicole Lemieux, la Meg Page de Caitlin Hulcup restant effacée autant que brille plus par le jeu que par la voix la Alice Ford d’Anna Caterina Antonacci. Lorsque Paolo Fanale trouve enfin son émission pour « Dal labbro il canto », il est simplement magique, élégant et touchant à la fois.

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TCE Gatti / Falstaff / Concertonet / 24 février 2010

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concertonet«Folle journée» verdienne

Simon Corley

Déjà présenté à cinq reprises en juin 2008 (voir ici), le Falstaff (1893) produit par le Théâtre des Champs-Elysées revient pour quatre représentations. Faut-il attribuer aux vacances scolaires le fait qu’il restait des places libres le soir de la première? En tout état de cause, gageons que si le bouche à oreille fonctionne bien, tel ne devrait pas être le cas pour les deux soirées et la matinée restantes, car malgré une affiche en grande partie renouvelée, le spectacle n’a rien perdu de ses qualités en deux ans.

Voilà en effet une mise en scène solide et efficace qui, sans chercher midi à quatorze heures, n’en constitue pas moins une réussite totale, grâce à un esprit et une finesse sans lesquels il ne saurait y avoir de Falstaff digne de ce nom. Calant de façon millimétrée les gestes des chanteurs sur le déroulement de la partition, Mario Martone mène l’action à un rythme endiablé: une véritable «folle journée» verdienne – au demeurant, comme dans Les Noces de Figaro, les multiples intrigues se dénouent en plein air... et en pleine nuit. La transposition chronologique – du XVe siècle des Lancastre à l’époque de la composition de la commedia lirica – fonctionne parfaitement, notamment grâce aux superbes costumes d’Ursula Patzak. Les décors de Sergio Tramonti cultivent également la veine victorienne, quoique de façon moins univoque. Au centre, des escaliers et un échafaudage à deux niveaux traversent le plateau de part en part sur toute sa largeur: suffisamment léger pour se transformer à vue au moment de la fugue finale, ce dispositif suffit cependant à suggérer des lieux, comme la chambre de Falstaff à l’auberge, et offre en outre la possibilité de varier à l’infini les déplacements des personnages. Mais il permet aussi, par exemple, d’accrocher des rideaux derrière lesquels ils peuvent se cacher et, plus généralement, d’introduire une distance – propice aux nombreux apartés – par rapport à l’avant-scène. Quant il n’est pas fermé, le fond laisse voir le grand portail de la maison des Ford ou le grand chêne du parc de Windsor. Et c’est dans ce tableau final que les lumières de Pasquale Mari, jusque là un peu ternes et rasantes, prennent une dimension féerique, en harmonie avec l’apparition des esprits sylvestres.

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TCE Muti / Concertonet / 15 janvier 2010

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concertonetUn Napolitain à l’heure espagnole

Sébastien Gauthier

Depuis plusieurs décennies, pour notre plus grand plaisir, l’équation «Riccardo Muti + Orchestre national de France = triomphe assuré» est devenue une habitude. Aussi ne doit-on pas s’étonner qu’il en ait été ainsi une fois encore, la phalange parisienne et le chef napolitain ayant été ovationnés comme rarement par un public en délire, qui avait rempli le Théâtre des Champs-Elysées jusqu’au dernier strapontin. Il faut dire que, comme à l’accoutumée, Riccardo Muti avait concocté un programme original (sinon dans les œuvres choisies, du moins dans la trame souhaitée) qu’il a dirigé en alternant à souhait la poigne et l’effacement, laissant alors l’orchestre jouer de façon parfaitement autonome.

Cette soirée se voulait un hommage à la musique espagnole. Elle commença, de façon assez évidente, par l’emblématique Espana d’Emmanuel Chabrier (1841-1894), rhapsodie inspirée de thèmes ibériques qu’il avait entendus l’année précédente au cours d’un séjour en Espagne. L’excellence de l’orchestre (que l’on constate toujours lorsqu’il est conduit par des baguettes d’exception) frappe immédiatement: diversité des couleurs, suavité des cordes, précision des attaques chez les bois… D’emblée, on est à la fête!

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TCE Muti / Resmusica / 15 janvier 2010

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resmusica
Danses espagnoles

Jean-Baptiste de La Taille


C’est à un programme de danses, inspirées par l’Espagne et l’Argentine, que nous conviaient l’Orchestre National de France et Riccardo Muti, le chef italien entretenant depuis trente ans une relation fidèle avec la formation parisienne.

Le concert débutait par Espana de Chabrier, rhapsodie symphonique et fruit de la fascination du compositeur pour les mélodies et rythmes des danses ibériques : la jota d’Aragon et la malaguena d’Andalousie. Les pupitres de l’orchestre, sous la direction fiévreuse de Muti, sont bien mis en valeur, notamment les cuivres, dans cette musique à la fois brillante et sensuelle.

Traversée de l’Atlantique avec la deuxième pièce au programme, le Concerto pour harpe de Ginastera, qui marquait les débuts en France, avec orchestre, de Xavier de Maistre. Premier musicien français admis au sein de l’Orchestre Philharmonique de Vienne (1998), le harpiste fait également depuis quelques années une belle carrière de soliste et d’accompagnateur (Barbara Bonney, Bo Skovhus, Diana Damrau, Bernarda Fink…). Dans cette œuvre créée par Nicanor Zabaleta en 1965, on est loin de l’image de la harpe, instrument pour jeunes filles de bonne famille. La musique est particulièrement tonique, avec un pupitre important de percussions et de cuivres, la harpe, qui dialogue avec l’orchestre -mais parfois lutte aussi- étant pour l’occasion légèrement amplifiée. On remarque dans l’écriture l’influence du folklore latino américain, mais aussi de Bartok, Falla ou Stravinsky. La partie de soliste, magnifiquement défendue par Xavier de Maistre, met en valeur toutes les ressources de l’instrument : percussif (poings frappés sur la caisse de résonance…), délicat (cordes effleurées…), ou virtuose (grands arpèges, glissando…), notamment dans le long solo du dernier mouvement. Pour la plus grande joie du public, Xavier de Maistre offre en bis une transcription de la danse de La Vida Breve de Manuel de Falla, faisant une parfaite transition avec l’œuvre suivante, des extraits du Tricorne.

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TCE Muti / ClassiqueInfo / 14 janvier 2010

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classiqueinfoProgramme espagnol par l’ONF, loin de l’Espagne, et sans la saveur

Thomas Rigail


Programme d’espagnolades pour l’Orchestre National de France : entre tubes rebattus et exotisme décadent (avec un peu de De Falla certes, mais seulement pour une courte suite), il faudrait une sévère touche de légèreté pour rendre digeste un programme qui aime flirter avec le mauvais goût ; pas sûr que le chef méga-star invité Riccardo Muti soit le plus à même de relever cette difficile mission.

Durant España de Chabrier, Riccardo Muti oscille entre mimiques de comédien et absence totale de geste, indiquant qu’il laisse l’orchestre jouer seul cette pièce rebattue qui a le mérite de donner le ton : PLOUM PLOUM.

Pourtant, le concerto pour harpe de l’argentin Alberto Ginastera évitera le piège du folklorisme facile. Dans une écriture tonale accessible mais sans fadeur, pimentée de quelques effets contemporains - agrégats de vents, harmoniques et coups sur le bois de l’instrument -, l’œuvre affiche un bel équilibre entre l’intégration de structures rythmiques et d’évocations locales (une harpe qui s’inspire ponctuellement du jeu de la guitare, des percussions finement employées, des motifs modaux...) et une écriture dans le prolongement de celle d’un Bartók - notamment dans un deuxième mouvement qui rappelle fortement le troisième mouvement de la Musique pour cordes, percussion et célesta. Le harpiste Xavier de Maistre affiche une belle maitrise des nuances et des effets de la partition, en particulier dans la belle cadence qui ouvre le troisième mouvement. L’orchestre suit avec un beau niveau technique mais la direction de Riccardo Muti peine à donner une direction globale à une forme qui fonctionne par oppositions. Plutôt que de tirer la partition vers une affirmation du sens général ou une mise en valeur de ses particularités, Muti tend à renforcer ses faiblesses formelles. Le troisième mouvement manque également un peu de verve dans l’accompagnement : c’est correctement donné mais cela aurait pu être beaucoup plus exaltant. Et les chaleurs de cette musique n’auront pourtant pas gagné le Théâtre des Champs Elysées sur lequel s’est vraisemblablement abattue une épidémie de pneumonie qui l’a transformé en sanatorium durant toute la durée de l’œuvre, qui reste un agréable moment un milieu d’un programme convenu, programme qui pataugera en deuxième partie de concert.

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