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Saint Denis / Muti / Concertonet / 4 juin 2010

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On ne change pas une équipe qui gagne

Sébastien Gauthier

Les années se suivent et se ressemblent, pour notre plus grand plaisir. Ainsi, l’édition 2010 du Festival de Saint-Denis permet-elle de nouveau d’écouter, notamment dans le cadre toujours aussi imposant de la Basilique, un programme varié alliant musique symphonique (la Royal Firewoks Music de Händel par Ophélie Gaillard et son ensemble Pulcinella voisinant avec la Cinquième symphonie de Beethoven dirigée par le violoniste Maxim Vengerov) et musique de chambre (permettant d’entendre David Fray ou Renaud Capuçon), musiques du monde (l’Angelo Debarre Quartett) et musique sacrée (notamment le Requiem Fauré dirigé par Laurence Equilbey ou le Stabat Mater de Poulenc dirigé par Alain Altinoglu).

Ce soir, le public se pressait une fois encore pour voir et écouter Riccardo Muti, fidèle au festival et à l’Orchestre national de France depuis 1982. Après un flamboyant Requiem de Verdi en 2009 (voir ici), le chef napolitain a cette année choisi de diriger les œuvres de deux compositeurs particulièrement chers à son cœur, Franz Schubert (1797-1828) et Luigi Cherubini (1760-1842), qu’il avait déjà programmés dans un même concert voilà maintenant deux ans aux côtés d’une pièce de Nicola Porpora (voir ici). Mais on sait pouvoir compter sur Riccardo Muti pour éviter la facilité et choisir ainsi des partitions dont on se demande, à leur écoute, comment il est possible qu’elles soient si rarement jouées.

Tel est par exemple le cas de la Deuxième messe de Schubert. Certes, elle fait partie de ces pièces sacrées qui, au même titre que la Première messe (en fa) ou la Troisième messe (en si bémol), ont été durablement éclipsées par les géniales Cinquième messe (en la bémol) et, surtout, Sixième messe (en mi bémol), œuvres de la maturité de Schubert où éclate un génie qu’on lui reconnaissait pourtant depuis longtemps. Composée alors qu’il n’avait que dix-sept ans, elle s’intercale au sein de la composition de la Deuxième symphonie et se trouve couchée sur la partition en l’espace de six jours seulement!

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Saint Denis / Muti / Resmusica / 4 juin 2010

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Requiem pour un roi de France

Olivier Mabille

Les concerts de Riccardo Muti sont depuis bientôt dix ans un élément indispensable du Festival de Saint-Denis. Le chef avait déjà associé Schubert et son cher Cherubini lors de l’édition de 2008. Le programme est cette année particulièrement approprié, puisque le Requiem, commandé par Louis XVIII à la mémoire de Louis XVI, fut créé dans la Basilique en 1816, et que la Messe de Schubert date de l’année précédente. Émouvant contraste, d’ailleurs, entre la ferveur juvénile d’une Messe écrite à dix-sept ans, et la savante polyphonie d’un chef d’œuvre. Riccardo Muti maîtrise toujours aussi bien l’acoustique malaisée du lieu : il éclaire la Messe de Schubert d’une lumière tamisée particulièrement adaptée à une écriture principalement mélodique, dont les passages fugués restent très brefs. La majesté de l’Agnus Dei mène à une conclusion superbement rassérénée, où l’on apprécie le timbre pur d’Elin Rombo. Topi Lehtipuu et Vincent Le Texier (remplaçant in extremis Luca Pisaroni empêché) s’acquittent convenablement de leurs modestes parties.

La réussite est plus patente encore dans le Requiem de Cherubini. L’équilibre des tempos et des voix, la souplesse des enchaînements, la recherche des couleurs orchestrales, tout confère à l’ensemble une élégance souveraine, qui ne sacrifie ni la violence du Dies Irae, ni une exactitude remarquable pour de telles conditions acoustiques. Quant à la capacité du chef à obtenir du Chœur de Radio-France une éloquence vraiment pénétrante sans renoncer à une magistrale économie de gestes, c’était peut-être le plus mémorable d’une soirée que l’on pouvait aussi suivre sur des écrans depuis le parvis de la Basilique.

TCE Gatti / Concertonet / 27 mai 2010

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Classicisme

Simon Corley

En raison de la défection de Riccardo Chailly la semaine dernière, la fin de saison de l’Orchestre national connaît quelques réaménagements: une partie du programme initial de ce traditionnel jeudi de l’avenue Montaigne a été avancée au vendredi précédent – les Nocturnes de Debussy – et l’autre a complètement disparu (Menuet antique de Ravel et Cinquième symphonie de Tchaïkovski). Ainsi entièrement renouvelée, la soirée associe des œuvres dont le texte de présentation rappelle qu’elles résultent toutes trois de commandes et se présente comme un hommage au classicisme, en «version originale» (XVIIIe) ou bien revisité au cours des deux siècles suivants. Même le décor – celui des Noces de Figaro que le Théâtre des Champs-Elysées présente par ailleurs – s’inscrit dans la thématique de ce concert qui n’a pas fait salle comble, confronté, il est vrai, à une concurrence exceptionnellement riche et variée (Pierre Boulez à Pleyel, Laurent Naouri à Orsay, Jean-Marc Luisada aux Bernardins, Alain Planès à la Cité de la musique, Maurizio Baglini à Gaveau, ...).

Inhabituellement placé juste après l’entracte, le concerto met en vedette Philippe Pierlot, première flûte solo depuis 1976: confirmant la grande sûreté de goût et de technique des pupitres de bois des formations parisiennes, il donne du Premier concerto (1778) de Mozart une lecture sage et élégante. La première partie avait été entièrement consacrée à Apollon musagète (1928/1947), emblématique de cette période dite «néoclassique» de Stravinski qui traduit en réalité davantage un retour à la période baroque. Daniele Gatti, face à une page qui n’est certes pas la plus immédiatement payante ni la plus intéressante du compositeur, émousse les angles et édulcore le propos: du coup, cette demi-heure évoque quelque sucrerie, tantôt anglaise (Britten), tantôt viennoise (R. Strauss), parfois même aussi française (Poulenc).

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TCE Gatti / Concertonet / 21 mai 2010

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Engourdissement

Simon Corley

A l’origine, Riccardo Chailly devait diriger le National et le Chœur de Radio France pour deux soirées consécutives offrant notamment l’intégrale de Daphnis et Chloé de Ravel: non seulement le patron du Gewandhaus a déclaré forfait, mais le programme, profondément modifié, n’est finalement donné qu’à une seule reprise, et ce le vendredi, alors que c’est généralement le jeudi que l’orchestre se produit au Théâtre des Champs-Elysées. Un peu hétéroclite, l’affiche n’en demeure pas moins intéressante, associant deux œuvres de Wagner à deux compositeurs ayant joué un rôle capital dans la construction de la modernité au siècle passé et appartenant à une génération qui, entre admiration et rejet, a dû se définir par rapport à l’auteur du Ring.

C’est le directeur musical du National, Daniele Gatti, qui remplace son compatriote. Aussi instrumentalement aboutie soit-elle, son interprétation de Siegfried-Idyll (1870) de Wagner, avec un effectif assez fourni (60 cordes), surprend par sa lenteur, son manque d’élan et sa morosité. Cette manière de distendre le discours ne réussit pas autant qu’à Glenn Gould, qui jouait au piano son propre arrangement de cette page mais l’avait également dirigée à la fin de sa vie. David Fray (né en 1981) partage nombre de points communs avec le pianiste canadien: Bruno Monsaingeon lui a – déjà! – consacré un film (voir ici), il préfère une chaise au traditionnel tabouret, il enregistre Bach, comme en témoignent ses deux premiers disques (voir ici et ici), et il n’a pas peur de se confronter au Concerto pour piano (1942) de Schönberg. Ce choix audacieux se révèle indiscutablement payant: léger et souriant, ludique et spectaculaire, lyrique et dramatique, il confère à la partition un caractère narratif que le compositeur a lui-même suggéré en plaçant une phrase en exergue de chacun des quatre mouvements. Un engagement que partage l’orchestre, sous la dynamique férule de son chef, et qui convainc un public enthousiaste. En bis, la Courante de la Sixième partita (en mi mineur) de Bach ne manque pas de virtuosité mais paraît hâtive et saccadée.

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Châtelet / Gatti / Resmusica / 29 avril 2010

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Du grand National

Patrick Georges Montaigu



Poursuivant sa série Mahler qui s’étalera sur trois saisons, l’ultime concert avec la Symphonie n°10 étant prévue le 1er décembre 2011, l’Orchestre National emmené par son chef Daniele Gatti abordait l’immense Troisième avec ses six mouvements de plus de quatre vingt dix minutes et dont le premier, le terrible Kräftig, entschieden (avec force, décidé) dura ce soir à lui tout seul plus de quarante minutes.

Ce petit indice chronométrique pourra donner au connaisseur une certaine idée du tempo sinon du style que le chef adopta pour ce premier mouvement qui a donné lieu à des visions extrêmement variées selon les interprètes. A l’évidence, en choisissant un tempo très retenu et surtout le conservant d’un bout à l’autre, sans trop marquer les changements de sections et de climats, Gatti a privilégié la cohérence du mouvement et le respect des nombreuses indications de phrasé qu’un National des grands jours exécuta avec une fidélité exemplaire, évitant ainsi haut la main le piège du patchwork, au détriment plus ou moins marqué des contrastes et de l’animation interne. Ajoutons que l’acoustique assez sèche du Chatelet ne favorisait pas ne telle conception car elle a trop tendance à éteindre prématurément les notes, donnant au discours une incontestable impression de discontinuité qui n’est pas dans la partition ni certainement dans la volonté des interprètes. C’était là le risque inhérent au choix de ce tempo, que les micros de France Musique, qui retransmettait le concert en direct, corrigèrent en partie. Mais si on incriminera volontiers la sècheresse acoustique dans la sensation inachevée de l’écoute du premier mouvement, on reprochera cette fois-ci au chef d’avoir conservé aux quatre mouvements suivants une uniformité d’expression au sérieux imperturbable frisant la sévérité, qui du coup donnait une certaine monotonie, sinon parfois un contresens, à ces mouvements sensés apporter chacun leur propre éclairage et des émotions différentes. Ainsi le second mouvement Tempo di menuetto, Grazioso, manquait « sérieusement » de grasiozo, comme le troisième mouvement Comodo Scherzando par sa retenu avait un caractère finalement un peu bizarre et bien peu scherzando.

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