
Sous le signe de Mozart
Patrick Georges Montaigu
Ce second concert de l’intégrale Beethoven entreprise par Kurt Masur pour marquer la fin de ses six années de direction du National, nous a permis d’entendre trois œuvres marquées du « n°2 ». Numéro qui peut être parfois trompeur, car, d’un point de vu chronologique, le Concerto pour piano n°2 précède de peu le n°1, ces deux concertos précédant eux-mêmes la Symphonie n°1. Et d’un point de vue strictement musical, on peut affirmer qu’il y a plus d’originalité, de nouveauté dans les deux « n°1 », plus typiquement beethovéniens, que dans les « n°2 » plus volontiers mozartiens, spécialement le concerto.
Mais avant ces œuvres « de jeunesse », venait un chef-d’œuvre de maturité avec l’ouverture Leonore II, très proche en légèrement moins développée, de la grandiose Leonore III. Cette fois-ci on retrouve le plus génial Beethoven, avec ses fameux passages « injouables » que seuls les plus grands orchestres lors de leurs meilleurs soirs réussissent à réaliser pleinement, au point de soulever le spectateur de son siège lors de ses moments d’emballement à la puissante tellurique dont Beethoven avait le secret. Point tout à fait de cela ce soir, point d’emballement dévastateur, sans doute afin d’éviter justement la dévastation qui guette si la virtuosité d’ensemble n’est pas à la hauteur. D’un côté c’est dommage, mais d’un autre mieux vaut sagement garder le contrôle que de se laisser déborder par des dérapages, fussent-ils furieux. Par ailleurs la couleur un peu claire de l’orchestre, où l’assise grave des cordes fait toujours un peu défaut, et les cuivres sans coloration particulière, contribuaient à laisser une impression moyenne, où la précision contrôlée l’emportait sur la puissance expressive.



