Calendrier

<<  Juillet 2010  >>
 Lu  Ma  Me  Je  Ve  Sa  Di 
     1  2  3  4
  5  6  7  8  91011
12131415161718
19202122232425
262728293031 

TCE Noseda / Altamusica / 8 avril 2010

Imprimer PDF
altamusica

Concert patchwork

Olivier Brunel



Programme long et disparate pour ce concert de l’Orchestre national de France au Théâtre des Champs-Élysées pourtant consacré tout entier à Sergeï Rachmaninov, mais qui donne heureusement une occasion de plus cette saison d’entendre le formidable pianiste Boris Berezovsky dans le rare Quatrième Concerto du compositeur russe. Si le programme de ce concert de l’ONF consacré à Rachmaninov se donne bonne conscience en signalant que les trois œuvres au programme « témoignent des doutes existentiels du compositeur », il n’en demeure pas moins un trop long et disparate programme, même pour une soirée consacrée à un seul compositeur, fût-elle soutenue par la Fondation Rachmaninov.

Boris Berezovsky est décidemment très présent à Paris cette saison après ses incroyables Études d’exécution transcendantes de Liszt et quelques séances de musique russe à Pleyel. Et qui s’en plaindrait-il ? Il est toujours impressionnant de voir entrer sur scène ce musicien à l’allure athlétique et décontractée s’asseoir au piano en semblant l’effleurer pour en tirer les plus merveilleuses sonorités dans les œuvres les plus virtuoses. Il n’avait pas la partie facile avec le Concerto n° 4 de Rachmaninov, œuvre de l’exil américain et véritable rareté au concert, si mal accueilli à sa création et sans cesse remis sur le métier par un compositeur qui avait perdu en quittant sa patrie sinon la foi créatrice, du moins l’inspiration facile. Effectivement, on y sent une baisse de la verve mélodique au bénéfice d’une plus grande richesse et fantaisie dans l’écriture rythmique avec sa partie orchestrale nourrie de musique américaine, particulièrement de jazz. Berezovsky, plus que Gianandrea Noseda qui ne semble pas bien guider l’orchestre dans une direction constante, rend justice à cette œuvre qui après maintes révisions est digne de son compositeur.

Lire la suite...

TCE Masur / Concertonet / 25 mars 2010

Imprimer PDF
concertonet

Variations sur Roméo et Juliette

Simon Corley

Opéras, comédies musicales, ballets, symphonies... il y avait l’embarras du choix pour bâtir un programme autour de Roméo et Juliette: en jetant son dévolu sur des œuvres à la fois spectaculaires et appréciées du public, Kurt Masur a fait salle comble au Théâtre des Champs-Elysées. Le «directeur musical honoraire à vie» du National, qui a renoncé au traditionnel frac pour adopter d’amples chemises satinées à col clergyman, grise en première partie, marron glacé après l’entracte, débute ainsi avec la célèbre «ouverture-fantaisie» (1869/1880) de Tchaïkovski. Voici quelques années, consacrant un remarquable cycle au compositeur russe, il en avait souligné, tant dans ses propos que dans ses interprétations, le caractère «profond et parfois sévère» (voir ici). C’est ce que dispense à nouveau ce Roméo et Juliette sans concession, intense, jamais larmoyant, manquant peut-être un peu de mordant ou de punch mais pas de lyrisme.

Les notes de programme précisent que la dernière fois que le National a donné les «Danses symphoniques» de West Side Story (1957) de Bernstein, voici près de dix ans, c’était avec Yutaka Sado: précisément, le chef japonais vient de les diriger avenue Montaigne pour son concert d’adieu avec l’Orchestre Lamoureux (voir ici). Si Masur, respectant le déroulement de l’action de ce Roméo et Juliette revu à l’américaine par celui qui fut son illustre prédécesseur à l’Orchestre philharmonique de New York, adopte le même ordre de succession des numéros que le chef japonais, il les aborde cependant avec une tout autre optique: moins frénétique et exubérant, mais pas nécessairement plus sage et, en tout cas, pas moins prenant, il fait davantage ressortir le drame et la noirceur que l’élan rythmique, sans négliger pour autant la tendresse (Scherzo) et le raffinement (Cha-Cha). Dans les danses rapides, il ne possède certes pas le charisme communicatif d’un Dudamel et, à la différence de Sado, il n’invite pas les spectateurs à participer, se contentant de leur adresser un clin d’œil lorsque les musiciens crient le second «Mambo!». Mais le succès, que la qualité instrumentale et l’équilibre entre les différents pupitres suffiraient à justifier, est au rendez-vous, au point que certains attendent un bis, se méprenant sur les gestes de Masur: les applaudissements s’interrompent, mais en réalité, le chef voulait simplement faire saluer les trompettistes.

Lire la suite...

TCE Liss / Anaclase /11 mars 2010

Imprimer PDF
anaclase

Soirée russe de l'Orchestre National de France

Bertrand Bolognesi


C'est avec un sentiment mitigé que nous quittions l'avenue Montaigne, ce jeudi soir, après le concert très inégal qu'y dirigeait Dmitri Liss à la tête de l'Orchestre National de France. En effet, son programme fort intéressant ne fut malheureusement pas servi au mieux, malgré l'excellence des musiciens et la participation de deux jeunes solistes talentueux.

Ainsi de la trop rare Kikimora (1909) d'Anatoli Liadov, ouverte par des contrebasses arrivant de loin, dans un grand mystère où se mêlaient les couleurs choisies des bois, en un climat fantastique bientôt maladroitement gâché par le tactus mécanique engagé dans la partie rapide, contredisant l'extrême souplesse des cordes du début. Certes, il y va d'une certaine dé-termination à nuire, dans cette légende Op.63, ce qui cependant n'induit pas que la musique ne respire plus.

Au piano, l'on retrouvait Andrei Korobeinikov servant en poètele Concerto pour piano et orchestre en fa # mineur Op.20 (1896-97) d'Alexandre Scriabine. Très phrasée, son entrée se fit dans l'inflexion tout recueillement de l'orchestre, un phrasé large à la sonorité délicatement veloutée, se développant en profondeur plutôt qu'à se durcir, lorsque s'affir-me la véhémence de l'Allegro. Dans l'Andante central, la maturité de con-ception du soliste surprend, mais ne parviendra pas à gagner la hauteur qu'elle semble souhaiter, le chef ne l'entendant assurément pas de la même façon. Le mouvement n'en sera pas moins conclu dans une fibre soyeuse à la lumière nettement définie. Virtuose comme si de rien n'était, Korobeinikov pense intensément l'Allegro moderato, se gardant de céder au brillant, luxueusement secondé par la vigueur des cuivres.

Lire la suite...

TCE Liss / Resmusica /11 mars 2010

Imprimer PDF
resmusica

Andreï, Valery, Dmitri… et notre ONF nous emmènent en Russie

Patrick Georges Montaigu


C’est à un voyage à travers « Un demi siècle de musique russe » que nous conviait ce concert. Un programme tout russe plutôt original qui avait clairement l’avantage de sortir des entiers battus en même temps que de permettre d’entendre de jeunes artistes encore en devenir, qui plus est de culture russe, sinon d’origine, puisque le violoniste Valery Sokolov est natif d’Ukraine.

La première partie de soirée était consacrée aux deux œuvres les moins connues du public. Tout d’abord le court poème symphonique basé sur des légendes populaires Kikimora de Liadov, puis le Concerto pour piano op. 20 de Scriabine. Contant l’histoire d’une petite sorcière bien connue dans la mythologie slave, cette œuvre n’est pas sans rappeler un autre sorcier, apprenti cette fois, croqué quelques années plus tôt par Paul Dukas dans son célèbre scherzo symphonique. Du coup, l’originalité de l’œuvre était moindre mais l’écriture y est fort académiquement belle et la direction précise du chef suivie avec attention par un National bien en place dès le départ, fit de ce court moment une belle introduction. Plus problématique était la suite avec une œuvre encore de jeunesse d’un Scriabine de vingt-sept ans, pas encore aguerri au grand orchestre, et qui ne donnera son meilleur qu’un peu plus tard avec ses poèmes symphoniques Prométhée et Le Poème de l’extase ou sa Symphonie n°3 « Poème divin ». Mais son Concerto pour piano d’inspiration très romantique, encore très influencé par Chopin ou Schumann avec son motif récurrent, peine à convaincre complètement d’autant que le jeu du pianiste manqua de lisibilité dans ses phrasés et de puissance dans les doigts, se faisant trop facilement couvrir par un orchestre un peu épais lui aussi. Notons que la prise de son de France Musique, qui retransmettait le concert en direct, avec des micros juste au dessus de la table d’harmonie du piano, rectifiait ce défaut. Néanmoins les interprètes eurent du mal à construire le premier mouvement, il est vrai un peu court et se finissant sans avoir donné l’impression d’un développement réellement abouti. La suite, à l’écriture plus équilibrée, un peu plus satisfaisante sans être emballante pour autant, s’attira un sympathique succès public.

Lire la suite...

TCE Gatti / Falstaff / Concertclassic / 24 février 2010

Imprimer PDF
concertclassic

Le retour du Cavaliere - Falstaff au TCE

Jean-Charles Hoffelé


Production pratique plus qu’inspirée, c’est certain, même si l’on aime le petit côté Dickens de la Jarretière. Mais Mario Martone dirige ses chanteurs tout en leur laissant un subtil espace pour inventer leurs personnages ; c’est bien l’avantage principal du spectacle : éviter toute caricature.

On regrettera vainement qu’une fois encore Falstaff soir chanté par un baryton, mais qui en dehors d’Ambrogio Maestri, pourrait être de voix et de physique tout Falstaff ? Anthony Michaels Moore a l’abdomen modeste, il ne charge pas le Cavaliere, lui donne une profondeur mais aussi une simplicité, quelque chose de moderne en somme. Contre la tradition il refuse le buffo sans tomber dans les excès d’un Falstaff sérieux, voire philosophe comme l’avaient imposé Giulini ou Abbado à leurs interprètes.

Face à lui Jean-François Lapointe campe un Ford prodigieux, amère, furieux, mais fuyant la caricature pour augmenter la puissance du caractère. Ladres parfaits, commères toujours aussi enjouées, avec au sommet une révélation, la Nanetta de Chen Reiss, et une confirmation, la Quickly irrésistible d’à propos et de faconde de Marie-Nicole Lemieux, la Meg Page de Caitlin Hulcup restant effacée autant que brille plus par le jeu que par la voix la Alice Ford d’Anna Caterina Antonacci. Lorsque Paolo Fanale trouve enfin son émission pour « Dal labbro il canto », il est simplement magique, élégant et touchant à la fois.

Lire la suite...