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Radio France / Waldman / Lodéon / Concertonet / 11 décembre 2009

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concertonet

Carte brésilienne

Simon Corley

Sous l’égide de l’ambassade du Brésil, la célébration du cinquantenaire de la disparition de Villa-Lobos est tardive – elle a débuté le jour anniversaire de sa mort (17 novembre) – mais elle culmine sur un grand week-end de concerts à Radio France. L’Orchestre national de France, que le compositeur venait régulièrement diriger dans les années 1950 (les enregistrements parus chez EMI en témoignent), tient une place toute particulière dans cet hommage: c’est lui qui inaugure ce «festival», avec une soirée au profit de l’association «Musique & Santé», et ce sont ses percussionnistes qui donneront le dernier des six concerts, dimanche après-midi.

L’orchestre, en forme moyenne, retrouve la Brésilienne Debora Waldman (née en 1977) qui fut, entre 2005 et 2007, l’assistante du directeur musical d’alors, Kurt Masur, pour la Première suite de La Découverte du Brésil (1937). En 2004, le National avait interprété les quatre Suites sous la direction d’Enrique Diemecke (voir ici). Au lieu de reprendre cette succession décousue d’épisodes pittoresques qui trahit son origine cinématographique, il y avait pourtant, comme le rappelle Frédéric Lodéon, bien d’autres trésors à dénicher dans l’œuvre de Villa-Lobos, ne serait-ce que parmi les Chôros ou les Bachianas brasileiras. Egal à lui-même, il montre ici qu’il a entendu Falla ou même Bartók, mais cette puissance et ce lyrisme n’appartiennent qu’à lui. Il en va de même pour cette orchestration colorée, qui met en valeur un curieux trio entre la flûte, le basson et l’alto, mais aussi, individuellement, le saxophone alto ou le violoncelle, son instrument de prédilection.

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TCE Masur / Resmusica / 3 décembre 2009

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resmusicaUn apôtre aux Champs-Elysées

Olivier Mabille


Après Elias en janvier dernier, le Théâtre des Champs-Elysées donne l’occasion d’entendre le premier essai de Mendelssohn dans le genre de l’oratorio (1836). La première partie de l’œuvre présente la conversion du jeune Saül, après qu’il a pris part au martyre de Saint-Etienne : le sujet touchait évidemment le compositeur, dont le père s’était converti au luthéranisme et avait adopté le nom de Bartholdy. La seconde partie, un épitomé de la carrière apostolique de Paul, est moins cohérente. Dans l’ensemble, il s’agit d’une œuvre moins mémorable qu’Elias, sans doute parce que les récitatifs et les chorals dans le style de Bach ont perdu une partie de leur attrait maintenant que les modèles nous sont devenus familiers.

L’ouverture pose comme fondation de l’œuvre le « Choral du veilleur » (« Wachet auf, ruft uns die Stimme »), qui domine jusque dans le tumulte de la partie fuguée, et mène à un premier chœur monumental. Le contraste entre ce grandiose portique et le choral suivant aurait pu être plus extraordinaire si le chœur était aussi assuré et expressif dans le recueillement que dans l’enthousiasme ou l’invective. Il est vrai que Kurt Masur réduit son geste à l’essentiel, réglant le mouvement général et l’agencement des masses. Il possède comme personne l’art de ménager la tension pour mieux exalter la magnificence de l’écriture. Avec un chœur très bien préparé et un Orchestre national généreux et engagé, les grands chœurs conservent leur clarté, si l’on excepte quelques frayeurs dans la fugue de « Mache dich auf ».

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TCE Masur / Concertclassic / 5 décembre 2009

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concertclassic

La vraie foi - Kurt Masur dirige Paulus au TCE

Jean-Charles Hoffelé


Paulus est à Mendelssohn ce que fut la Saint Jean pour Bach : une narration éloquente et démonstrative (le martyre d’Etienne, deux miracles, la profession de foi de Paul, l’esquisse de son martyre), dont l’influx dramatique parcourt sans relâche, même dans les commentaires, les deux heures et quart d’une musique qu’on ne voit pas passer tant l’efficacité de son écriture le dispute à l’inspiration de son art.

D’où vient alors que Paulus soit si peu souvent donné contrairement à Elias ? Probablement pour les mêmes raisons qui font que l’on entend toujours plus la Passion selon Saint Matthieu, modèle de ce dernier (modèle d’ailleurs aussi et préalablement de Paulus), que la Passion selon Saint Jean. Mais là s’arrête la filiation, imaginaire pour Paulus, car Mendelssohn ne connaissait pas la Saint Jean. Et pourtant…

Kurt Masur, fiévreux et éloquent, se faisait visiblement une joie de diriger cette partition qu’il vénère, et il est peu de dire qu’il y a réussi mieux dans nos souvenirs qu’aucun autre (Rilling, Corboz, Herreweghe, Bernius même), opérant avec fièvre et hauteur la fusion du verbe prophétique de l’admirable livret de Julius Schubring, catéchèse ardente, et de l’imaginaire romantico-baroque du compositeur.

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Châtelet / Gatti / Anaclase / 29 octobre 2009

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anaclaseTout Mahler : concert d'ouverture

Bertrand Bolognesi


Quoi de plus juste que d'ouvrir le vaste cycle Tout Mahler - que dirigerasur trois saisons Daniele Gatti à la tête de l'Orchestre National de Franceau Théâtre du Châtelet (du 29 octobre 2009 au 1er décembre 2011) - par Das klagende Lied, première grande page symphonique chantée deGustav Mahler qui en écrivit le poème dès 1878, à dix-huit ans ? A ce moment-là, le jeune compositeur bohémien, arrivé depuis trois ans de Prague à Vienne où il est élève d'Anton Bruckner, est l'auteur de quelques pages chambristes perdues (une Sonate pour violon, un Quintette avec piano, et un petit catalogue précoce) et d'un mouvement de Quatuor avec piano. La première version de Das klagende Lied (Chant de la plainte)est achevée à l'automne 1880 et présentée un an plus tard au jury du Prix Beethoven qui la méprise, passant à côté d'un génie qui livrait dans cette œuvre le ferment immensément personnel qui nourrirait toutes les suivan-tes, non seulement les 2ème, 3ème et 8ème Symphonies, elles aussi chantées, mais les cycles de Lieder comme les symphonies strictement instrumentales - le sont-elles si strictement, avec leurs mouvements inspirés des premiers Knaben Wunderhorn Lieder ? A moins que ces mélodies elles-mêmes soient inconsciemment conçues commenourriture possible d'une écriture non vocale…

Blumine ouvre la soirée, un mouvement que Mahler plaçait en seconddans sa première conception de la Symphonie n°1, en 1888, mais qu'ilavait extrait d'une musique de scène écrite quatre ans plus tôt, et donc contemporaine de la rédaction des poèmes qui deviendront Lieder eines fahrenden Gesellen en 1885, d'abord dans une version avec piano, puis orchestrés en 1896. Le 16 mars 1896, Gustav Mahler lui-même, à la têtede l'Orchestre Philharmonique de Berlin, in loco, dirige la première de la version révisée de sa Symphonie n°1, avec Todtenfeier qui deviendra le mouvement introductif de la Symphonie n°2, et la création de son orches-tration des quatre Lieder eines fahrenden Gesellen, alors chantés par le baryton Anton Sistermans. Daniele Gatti mène une interprétation au lyris- me subtilement contenu de Blumine (un opus auquel, indéniablement, Richard Strauss prêta une oreille plus qu'attentive), affirmant cependantun soin jaloux de la couleur, ici mise en relief par de délicates prises de risque avec la nuance, sans maniérisme pour autant.

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Opéra Comique / Sir Colin Davis / Concertonet / 5 novembre 2009

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concertonetInspirations littéraires

Simon Corley


Parvenu à mi-chemin de son schéma quinquennal et estival de rénovation, l’Opéra Comique fait tardivement sa rentrée – et encore les choses «sérieuses» ne commenceront-elles que le 9 décembre avec Fortunio de Messager, qui sera suivi de The Fairy Queen de Purcell, L’Amant jaloux de Grétry, Mignon d’A. Thomas, Les Boulingrin d’Aperghis et Pelléas et Mélisande de Debussy. En sorte d’avant-première de Béatrice et Bénédict, qu’Emmanuel Krivine dirigera du 12 février au 6 mars dans une mise en scène de Dan Jemmett, le concert inaugural était entièrement consacré à Berlioz. Même si le nom du compositeur français n’est guère associé à la salle Favart, sinon au travers d’un souvenir cuisant (la désastreuse création de La Damnation de Faust), Jérôme Deschamps se plaît ainsi à placer en exergue de la programmation 2009-2010 «son credo: seule l’émotion permet d’atteindre la vérité».

Cette soirée coïncidait avec la visite – traditionnelle, mais toujours très attendue – que Colin Davis ne manque pas de rendre régulièrement à l’Orchestre national, avec lequel il édifie patiemment, saison après saison, un hommage à l’œuvre de son cher Berlioz: Symphonie fantastique en janvier 2005, Nuits d’été en mars 2006 (voir ici), Roméo et Juliette en novembre 2006 (voir ici), Requiem en juin 2008 à Saint-Denis, Béatrice et Bénédict en février dernier (voir ici).

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