La main qui allume la torche
Olivier Mabille
Est-ce le plaisir de débuter une nouvelle saison ? L’Orchestre National de France entamait le Concerto pour violon de Brahms avec une rondeur conquérante. Après une entrée dénuée d’emphase, Vadim Repin ne cessait pas de fasciner par l’élégance supérieure de son art, déjà remarquée dans son récent enregistrement, et si précieuse dans une œuvre où la virtuosité ne doit pas éblouir, mais inventer un chant qui paraisse inouï. Pour cette raison, sans doute, la périlleuse cadence due à Jascha Heifetz semblait plus artificielle que l’étirement délicieux de certains passages et la fantaisie constante des phrasés. Plutôt que de dérouler l’Adagio à pleine voix, le violoniste jouait des pleins et des déliés avec une légèreté divine ; puis, sans laisser le public se livrer aux raclements et feulements dont il a le secret, Vadim Repin se jetait dans un troisième mouvement exceptionnel par la finesse des traits, la variété des accents et la fulgurance des trilles. Kurt Masur menait tranquillement l’orchestre, assuré d’une parfaite entente avec le soliste, notamment à la fin de chaque mouvement.




