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Critiques
TCE Masur / ConcertoNet / 24 avril 2008 Convertir en PDF Version imprimable Email
La dextérité de l’Orchestre national de France
Sébastien Gauthier


Presque dix ans après sa création française, en ce même Théâtre des Champs-Elysées, sous la baguette de son dédicataire Seiji Ozawa, le 20 mars 1998, The Shadows of Time d’Henri Dutilleux est devenu un véritable classique des orchestres à travers le monde. Composé de cinq épisodes pour orchestre et trois voix d’enfants (ce soir remplacés, comme c’est souvent le cas, par la voix d’une soprano solo), cette large pièce orchestrale se veut avant tout un témoignage du traumatisme subi par les victimes de la Seconde Guerre mondiale. Le jeune chef Simon Gaudenz (né à Bâle en 1974) en assurait la direction. Après avoir notamment été pendant quatre ans directeur artistique de l’ensemble camerata variabile, il est actuellement chef d’orchestre principal du Collegium Musicum de Bâle. Force est de constater qu’il s’acquitte de sa tâche avec maestria, aidé par un Orchestre national exceptionnel. Doté d’une direction précise, attentif à la moindre intervention instrumentale, le chef veille parfaitement au bon équilibre des plans sonores et à la cohérence de l’œuvre. Si le premier mouvement Les heures manque de tension, l’orchestre fait, dans le deuxième, preuve d’une totale virtuosité, la cohésion des cuivres le disputant à la dextérité des bois. La soprano Amel Brahim-Djelloul, en revanche, déçoit. Perchée au premier balcon du côté des premiers violons, elle manque singulièrement d’émission et surtout de simplicité dans ce troisième passage (Mémoire des ombres) qui, dans l’esprit du compositeur, est dédié à Anne Frank et aux enfants innocents victimes de la barbarie nazie. La performance orchestrale explose de nouveau dans les Vagues de lumière et Dominante bleue ?, où les flûte et hautbois solo, d’une part, les trompette et cor solo, d’autre part, sont particulièrement sollicités.

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TCE Conlon / Resmusica / 29 mars 2008 Convertir en PDF Version imprimable Email
Sacrifice pour le Sidaction
Maxime Kaprielian

Certains compositeurs les accumulent. Après on s’étonne qu’ils aient été oubliés. Erwin Schulhoff, natif de Prague, a connu une brillante carrière de compositeur et concertiste dans les années 20 surtout en Allemagne, mais être juif à partir de 1933 étant mal vu, il a rejoint sa Bohème natale, sans se douter qu’elle serait happée par le Reich nazi pendant que les nations européennes tournaient la tête. Son esthétique très avant-gardiste, fortement influencée par le jazz, a achevé de le classer parmi les « dégénérés ». Mais ce n’est pas tout ! Communiste convaincu et militant au point de mettre en musique le Manifeste de Karl Marx, de surcroît homosexuel, notre héros a décidément tout fait pour se faire emprisonner en 1941 au camp de travail de Wülzburg, où il mourut l’année suivante de la tuberculose. Il n’a donc même pas eu l’opportunité d’être envoyé à Theresienstadt (Terezín) avec Gideon Klein, Pavel Haas, Hans Krása ou Viktor Ullmann, compositeurs dont on rappelle régulièrement le triste destin.

James Conlon n’est pas à son coup d’essai dans ce répertoire, qu’il défend avec conviction. Ogelala mérite plus qu’un simple coup de projecteur. Ce ballet au sujet subversif (en gros une histoire de sexe et de torture dans l’Amérique centrale précolombienne) est l’enfant illégitime –mais ô combien réussi- du Mandarin merveilleux et du Sacre du printemps, avec le jazz pour marraine. Pointilleux à l’excès, Schulhoff est allé jusqu’à consulter les relevés ethnomusicologiques faits au Mexique et stockés à l’Université de Berlin. Le langage est modal, la percussion abondante (un passage complet est dédié à ce seul pupitre, quatre ans avant Ionisations de Varèse), le développement thématique obstinément refusé au profit de cellules mélodiques ressassées infiniment. Le résultat final de cette découverte est très proche de La noche de los Mayas de Silvestre Revueltas, œuvre dotée elle aussi d’une forte percussion. Il semble à peu près impossible que ces deux compositeurs aient pu se connaître ou communiquer. L’histoire de la musique réserve toujours des surprises. L’Orchestre National de France aussi, galvanisé par cette partition guerrière, dans laquelle pas un pupitre n’a le temps de s’ennuyer. Très riche idée de James Conlon de faire découvrir au public parisien cette œuvre, d’autant plus que l’intégralité des recettes de la soirée étaient versées au bénéfice du Sidaction.

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TCE Muti / Concertclassic / 13 mars 2008 Convertir en PDF Version imprimable Email
Le miracle Muti
Jacques Doucelin

On les compte sur les doigts d’une main les chefs qui vous transforment le son d’un orchestre en une répétition. Le Napolitain Riccardo Muti est de ceux-là. En atteste le royal concert qu’il vient de diriger à la tête de ses amis de l’Orchestre National de France. Son monde d’élection, c’est cet entre deux qui sépare l’ancien Régime de la Révolution, le XVIII è siècle classique du romantisme, ces moments de fragilité, ces passages d’une sensibilité à une autre. Et ce, depuis qu’il a dirigé de mémorables opéras de Gluck au Mai de Florence. L’autre soir, il célébrait la naissance de l’Europe moderne et la résurrection de son compatriote Salieri, un élève de Gluck à Vienne !

Car Vienne dominait l’Europe et l’Europe était à Vienne au tournant du XVIIIe siècle. L’abbé vénitien Da Ponte y écrivait les livrets de Mozart et de Salieri et ce dernier allait bientôt passer le flambeau à Franz Schubert, son élève au conservatoire impérial. Milan la Lombarde a beau être sous la botte autrichienne, lorsque l’impératrice Marie-Thérèse s’y déplace an 1778 – l’année de la mort de Rousseau et de Voltaire, mais aussi du dernier voyage de Mozart à Paris - pour inaugurer le futur temple du bel canto Alla Scala, c’est à Salieri qu’on commande un opéra : un Italien qui a la caution de Gluck, compositeur officiel de la Cour de Vienne. Les apparences sont sauves !

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Toulouse / Muti / ClassicToulouse / 15 mars 2008 Convertir en PDF Version imprimable Email
Superbement viennois
Serge Chauzy

Le grand Riccardo Muti était à la tête de l’Orchestre National de France lors du concert des Grands Interprètes du 15 mars dernier à la Halle-aux-Grains de Toulouse. Le programme de la soirée illustrait cette période bénie du classicisme viennois que les musicologues baptisent parfois la 1ère Ecole de Vienne, dont l’écho, au 20ème siècle sera cette 2ème Ecole de Vienne des Schönberg, Berg et Webern.

Il s’agissait ici de célébrer Mozart et Haydn, le fils et le père spirituel, inventeurs des nouvelles formes musicales qui allaient irriguer toute la musique jusqu’à nos jours. La figure étrange de l’italien Antonio Salieri, viennois d’adoption, venait en quelque sorte compléter le tableau. La phalange française et le chef italien explorent ce répertoire raffiné avec une admirable perfection formelle. Souplesse d’une direction imaginative qui respire, rondeur des sonorités, pureté des timbres et des couleurs.

Très judicieusement, Riccardo Muti réunissait dans la première partie de la soirée les symphonies n° 39 de Haydn et n° 25 de Mozart, deux partitions délibérément inspirées du mouvement artistique « Sturm und Drang » (Tempête et Passion) de cette fin du 18ème siècle. Haydn ponctue la violence de ses emportements d’inquiétants silences que souligne avec art la dramatique direction de Riccardo Muti. La même véhémence anime la symphonie de Mozart qui avance dans une forêt d’événements musicaux magnifiquement détaillés par l’interprétation.

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TCE Muti / ConcertoNet / 12 mars 2008 Convertir en PDF Version imprimable Email
Les Lumières selon Muti
Didier van Moere

Tout orchestre qui se respecte doit jouer Mozart et Haydn : le programme choisi par Riccardo Muti constituait une aubaine pour le National, guère familier de ce répertoire, d’autant plus qu’aucune partition très célèbre n’y figurait. De Mozart, on entendrait la « petite » Symphonie en sol mineur, de Haydn, on n’aurait ni « Parisienne » ni « Londonienne ». Comme on connaît les exigences du chef italien, le concert s’annonçait sous les meilleurs auspices.

Dès les premières mesures de l’Allegro assai de la Trente-Neuvième Symphonie de Haydn, on sent une souplesse dans le jeu, un raffinement dans les nuances, notamment du côté des cordes, dont l’orchestre ne se montre pas forcément coutumier. Cela dit, le chef n’a pas une lecture lisse, il déploie une énergie très théâtrale, souligne les contrastes dynamiques, dirigeant une authentique musique Sturm und Drang. L’Andante, loin de s’engourdir, reste très ferme rythmiquement. Dans le Menuet, mouvement qui souvent distingue le plus les interprétations à l’ancienne et les autres, Muti ne cherche pas à cacher où il se situe : certains y déploreraient un excès de legato, d’autres un excès de lenteur. Inutile querelle : on peut aussi jouer ce répertoire ainsi et le jouer très bien. Dans l’Allegro molto final, le chef d’opéra qu’est Muti déclenche une tempête, confirmant le caractère dramatique de l’œuvre.

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