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Critiques
TCE Gatti / Luganski / Resmusica / 6 mars 2008 Convertir en PDF Version imprimable Email
L’alizé musical souffle à nouveau sur la capitale
Virginie Palu

Est-ce la venue parisienne du chef italien Daniele Gatti (qui prendra les rênes de l’orchestre dès septembre), l’annonce d’un programme dont la magnificence n’aurait eu d’égale que la rareté (au moins dans les salles parisiennes), ou encore la participation du brillant soliste russe Nicolaï Lugansky, qui expliquaient le déplacement de tant de monde ce jeudi soir, avenue Montaigne ? Toujours est-il que c’est dans une salle comble que s’élevèrent les premières notes de la Symphonie de psaumes d’Igor Stravinsky, dans une interprétation dont il serait tentant d’évoquer la réussite miraculeuse si l’on ne savait, par expérience, qu’en la matière, il n’est point de miracle. Que serait le génie du compositeur, fût-il l’un des tout premiers de son siècle, si des interprètes virtuoses - instrumentistes et choristes égaux dans l’excellence - placés sous la direction d’un chef particulièrement inspiré, n’engageaient leur talent émérite et leur scrupuleuse énergie à exalter la puissante beauté de ses combinaisons instrumentales, la grandeur dramatique de ses contrastes d’intensité, l’âpre grandeur de ses figures mélodiques, la saisissante rudesse de ses formules harmoniques et contrapuntiques ? Du caractère incantatoire, rituel, magique, de cette mosaïque sonore, rien ne rendit mieux compte que le silence sacré, respecté entre les mouvements par une foule hypnotisée, conquise, fascinée… au point qu’en son sein les tousseurs d’occasion et d’habitude allèrent jusqu’à oublier de se manifester !

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Vienne / Masur / 28 février 2008 / Resmusica Convertir en PDF Version imprimable Email
Quand les Français osent Bruckner au Musikverein
Jean-Christophe Le Toquin

 Dans la mythique salle du Musikverein, Kurt Masur donne, cette année, avec l’Orchestre National de France un cycle de symphonies de Bruckner, ainsi que l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven. Défier les Viennois dans « leur » répertoire et dans le lieu où ils ont l’habitude d’entendre le Philharmonique de Vienne, il fallait oser. Une audace rendue possible par l’autorité musicale de Kurt Masur. Il fit salle comble. Le public était venu nombreux écouter le concert debout au fond de la salle, les places au dessus de l’orchestre - qui offrent une vue sans doute magnifique sur les rangs de spectateurs mais pas sur les musiciens – avaient toutes trouvé preneurs, et des chaises avaient même été ajoutées pour le public sur le podium pourtant relativement exigu.

Till Fellner ouvrait le programme par le Concerto pour piano n°3 de Beethoven. Né à Vienne en 1972, ce pianiste à l’allure juvénile s’attacha à donner le cachet de respectabilité et de maintien guindé qui convient à sa ville. Grâce à cette modération - une sobriété dont Fellner ne se départ pas non plus en récital - il n’y eut à déplorer aucun défrisage de brushing, même parmi les fidèles abonnées octogénaires. Ce classicisme viennois de bon ton offrit un très beau moment dans le final du premier mouvement. Le pianiste acheva sa cadence dans un pianissimo de rêve, et l’orchestre assura la reprise et la coda sans rompre la magie. Dans ce moment, le silence absolu de la salle captivée faisait viscéralement corps avec la musique.

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Pleyel / Masur / Mutter / 16 février 208 / Resmusica Convertir en PDF Version imprimable Email
Entre le souffle et la tempête
Pierre-Jean Tribot

Délaissant sa résidence du Théâtre des Champs-élysées et les concerts d’abonnement du jeudi soir, l’Orchestre National de France se présentait, en ce samedi, salle Pleyel pour une soirée qui avait attiré la foule mondaine des grands soirs alléchée par la présence de la charismatique et médiatique Anne-Sophie Mutter. Mais pour le commentateur, l’attraction du programme résidait dans la première audition française de « In Tempus Praesens », le second concerto pour violon de la compositrice Sofia Goubaïdulina. Fruit d’une commande d’Anne-Sophie Mutter, la pièce fut créée au festival de Lucerne 2007 sous la baguette de Simon Rattle à la tête de son orchestre berlinois. Il faut ici saluer le courage et l’engagement de la violoniste allemande dans la création contemporaine car cette nouvelle partition vient à la suite d’autres dont elle est l’initiatrice : Gesungene Zeit de Wolfgang Rihm, Sur un Même accord de d’Henri Dutilleux, la Partita et Chain II de Witold Lutoslawski et le concerto n°2 de Krzysztof Penderecki.

Ce concerto pour violon est le second essai de son auteur après l’imposant Offertorium (1980) dédié à Gidon Kremer. Considéré à raison, comme un jalon important du violon concertant de la seconde moitié du XXe siècle, il s’est imposé au répertoire des grands violonistes. « In Tempus Praesens » frappe par son instrumentation originale. Au sein d’un effectif plutôt large on repère une vaste section de percussions, des tubas wagnériens qui viennent renforcer les cors et l’absence de violons alors que les altos et les violoncelles sont répartis de part et d’autre du chef. Deux harpes, un clavecin, un piano et un célesta apportent ici une couleur inattendue tout en jouant le rôle d’un « continuo ». D’une grosse demi-heure, la partition frappe par la noirceur fascinante de ses teintes et un profond vécu humain. L’esprit évolue à travers un monde sensoriel à la fois apaisé et tempétueux. L’instrumentation, d’une finesse impressionnante, témoigne du talent et de l’inspiration de son auteur alors que la partie de violon se fond dans l’orchestre. La sonorité chaude et la technique hors pair de la soliste contribuent à notre bonheur auditif et Kurt Masur dirige, avec soin, un Orchestre National de France très concerné. En bis, Anne-Sophie Mutter manifestant son amour pour cette partition, nous redonne sa cadence. Il faut noter que l’exécution a été entachée d’un petit incident : le chef et la soliste, décalés dans la partition, ont du interrompre cette création française, pour reprendre quelques mesures plus tôt.

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Pleyel / Masur / Mutter / 16 février 208 / Concertonet Convertir en PDF Version imprimable Email
La victoire de M. Beuh…
Simon Corley

L’Orchestre national et son directeur musical, Kurt Masur, présentaient – à Pleyel, une fois n’est pas coutume – la première française d’In tempus præsens (2007) de Sofia Goubaïdoulina: vingt-sept ans après l’Offertorium (autre titre latin) destiné à Gidon Kremer, c’est pour Anne-Sophie Mutter qu’elle a écrit ce second concerto pour violon. La violoniste allemande, qui avait déjà suscité le Second concerto de Penderecki (1995), a créé cette commande de la Fondation Paul Sacher le 30 août dernier à Lucerne avec l’Orchestre philharmonique de Berlin dirigé par Simon Rattle et l’enregistrera prochainement avec l’Orchestre symphonique de Londres et Valery Gergiev. La postérité mettra-t-elle In tempus præsens au même niveau que le splendide Offertorium? Toujours est-il qu’à soixante-dix-sept ans le 24 octobre prochain, Sofia Goubaïdoulina ne se repose pas sur sa notoriété et continue de chercher à se renouveler.

Davantage que l’effectif orchestral proprement dit, c’est sa disposition qui se veut originale: en l’absence de violons, quinze altos et douze violoncelles se partagent l’avant-scène de part et d’autre du chef, chacun de ces groupes étant placé devant quatre percussionnistes; au centre, deux harpes et un clavecin entourent piano et célesta; enfin, les bois (par quatre, à l’exception des trois hautbois), les cuivres (six cors dont trois tuben wagnériens, trois trompettes, quatre trombones, tuba basse) et les neuf contrebasses sont alignés sur deux rangs seulement en fond de plateau.

De son précédent concerto, elle ne reprend guère que des éléments de forme: un continuum de trente-trois minutes, succession d’épisodes contrastés, encore que deux volets, séparés par une cadence que Mutter bissera, se détachent assez nettement, le premier d’esprit rhapsodique, s’achevant sur une puissante confrontation entre le soliste et les accords répétés de l’orchestre, le second plus vif et brillant, se concluant sur les aigus du violon et les tintements de la percussion. A une première audition, l’ensemble donne une impression décousue, les différentes sections, de caractère tour à tour sombre, rêveur ou orageux, s’enchaînant sans logique évidente.

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Pleyel / Masur / 9 février 2008 / Concertonet Convertir en PDF Version imprimable Email
Sous le signe d'Eros
Didier van Moere

Un jour après la Sinfonia domestica par Eliahu Inbal (lire ici), Kurt Masur dirigeait Don Juan. Les deux œuvres n’affichent pas les mêmes ambitions et leur mise en place ne saurait se comparer. On ne pouvait s’empêcher cependant de trouver avec le National l’homogénéité, l’onctuosité que le Philhar’ nous avait refusées la veille. Le poème symphonique du jeune Strauss, sous la poussée d’un irrésistible élan, brille de mille feux, sans que les plans sonores soient brouillés, tant le chef tient son orchestre et construit son interprétation. A vrai dire, il conçoit plutôt la partition comme une œuvre de musique pure que comme un récit en musique, n’y mettant peut-être pas toute la folie dionysiaque que certains en attendent. Masur, on le sait, n’est pas vraiment un narratif. Cela dit, il fait chanter son orchestre, les cordes graves comme les vents – très beau hautbois Nora Sismondi, très belle clarinette de Patrick Messina dans l’épisode de donna Anna –, maintient un parfait équilibre entre les pupitres – ne cuivrant jamais à l’excès.


Dans le Second Concerto pour cor, composé par un Strauss de 78 ans, Kurt Masur offre à David Guerrier un accompagnement subtilement chambriste, tout en souplesse et en fluidité, faisant là aussi chanter l’orchestre, en particulier dans un très bel Andante. Le jeune corniste, auquel le choix d’un instrument viennois datant d’un siècle environ ne se facilitait pas la tâche, s’avère éblouissant de maîtrise dans la virtuosité ; il parvient surtout, au-delà de la brillance, à trouver une sonorité chaude et ronde, à varier les couleurs entre les mouvement rapides et le mouvement lent – condition essentielle chez Strauss, pour qui le cor est une voix.

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