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Critiques
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Toulouse Gatti / La dépêche du Midi / 18 décembre 2007 |
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Gatti défend Mahler avec passion
Anne-Marie Chouchan
Le chef d'orchestre italien Daniele Gatti a rallié tous les suffrages samedi soir à la Halle aux Grains. Acclamé par le public, il a également bien mérité les applaudissements des musiciens de l'Orchestre national de France. Futur directeur musical de cette formation à partir de 2008, Daniele Gatti possède de toute évidence des affinités profondes avec l'univers de Gustav Mahler. Attaquant sa Sixième symphonie avec énergie, il ne lâchera plus l'auditeur pendant les quatre-vingt minutes que dure cette partition intensément dramatique. Survoltée, tendue, techniquement virtuose, sa direction défend avec passion le monde musical exacerbé du compositeur autrichien. En chef lyrique de haut vol, Gatti rend justice à la théâtralité de l'œuvre, prend plaisir à cultiver la plénitude du chant dans les sublimes mélodies de l'Andante. Cet engagement dramatique de chaque instant (conforme au style de Mahler), ne l'empêche pas de mettre en valeur l'incroyable richesse du matériau orchestral utilisé par le compositeur. Les plans sonores, les couleurs propres des divers solos instrumentaux, sont mis en valeur sans excès d'esprit analytique, le final Allegro moderato (sorte de drame musical en un acte) donne à entendre une symphonie de timbres inouïs, portée par tous les pupitres d'un Orchestre national de France chauffé à blanc. Daniel Gatti dirigeait la Sixième symphonie sans partition. C'est tout dire.
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Toulouse Gatti / Classictoulouse.com / 15 décembre 2007 |
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La tragédie selon Mahler
Serge Chauzy
Le 15 décembre dernier, l’Orchestre National de France, l’une des deux
phalanges de Radio-France, effectuait sa première incursion dans la
saison musicale des Grands Interprètes. Alors que Kurt Masur en est
pour quelques temps encore le prestigieux directeur musical, c’est
Daniele Gatti, le futur successeur (dès la rentrée 2008) du grand chef
allemand, qui accompagnait sa visite toulousaine.
Voici une succession qui se présente sous les meilleurs auspices. Les
musiciens du National apprécient en effet beaucoup le chef italien
qu’ils ovationnèrent chaleureusement à la fin du concert.
La vaste symphonie n° 6 de Gustav Mahler constituait le programme de la
soirée. Une des rares illustrations mahlériennes de la tragédie humaine
qui s’achève sur une irrémédiable défaite. Plusieurs violents coups de
marteau de bois marquent en effet la catastrophe finale, comme évoquant
ces « chênes qu’on abat ».
On pouvait s’attendre à découvrir, sous la baguette du chef italien,
une vision lyrique de l’œuvre. Il n’en est rien. Daniele Gatti souligne
au contraire le caractère abrupt, implacable, acéré d’une course à
l’abîme. Il allège l’orchestration qui, à aucun moment, même dans les
tutti les plus cataclysmiques, ne sonne de manière massive. La trame
orchestrale reste d’une incroyable transparence. Sur des tempi mesurés,
les quatre mouvements de la partition s’enroulent comme en une
irrémédiable spirale.
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TCE Gatti / Classiquenews.com / 14 décembre 2007 |
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Gatti... éclaireur providentiel?
Pierre-Yves Lascar
Parfois, certaines soirées sont magiques. La Sixième Symphonie de Gustav Mahler par Daniele Gatti et l’Orchestre national de France restera un moment de grâce dans la mémoire des mélomanes parisiens.
Dès l’Allegro energico initial, la direction du chef impressionne par sa très grande concentration et sa force vectorielle. Sa vision est analytique, mais inoubliable d’engagement physique, étonnante par sa puissance tragique. Gatti privilégie une logique dramaturgique, voire opératique, et la musique de Mahler se rapproche du lyrisme épanoui des grandes voix d’opéras. Le chef a d’ailleurs convaincu ses musiciens par cette approche, car toutes leurs interventions traduisent un art du chant et de la délicatesse incomparable. A cet égard, le début du troisième mouvement (Andante) mérite tous les éloges : phrasés profondément soutenus, couleurs douces et chatoyantes des cordes, lisibilité des lignes intermédiaires (magnifiques contrechants d’altos, parmi d’autres). De ce passage, l’auditeur ressort éboui par tant d’accomplissement aussi bien technique qu’expressif. D’une manière générale, le travail sur les timbres est d’une réelle et constante inventivité : le chef n’oublie jamais d’accentuer le caractère « éparse » et disparate de la texture orchestrale, sans jamais nuire à l’unité globale de l’œuvre ; et l’auditeur est toujours saisi par cette science de la continuité mélodique. Félicitons les musiciens de l’orchestre, qui ce soir-là, au sein de chaque pupitre de l’orchestre (réponses cors-cordes !), font preuve d’un sens de l’écoute intouchable… La phrase d’Alban Berg, à propos de ce chef d’œuvre de Mahler, « La seule Sixième, malgré la Pastorale », a trouvé réalité en ce 13 décembre 2007.
Malheureusement, l’émotion d’un soir ne se dit pas, elle se vit. Heureux les auditeurs qui ont pu assister (en vrai ou par la radio) à ce concert idyllique. Nous avons rarement connu des moments aussi intenses, depuis que nous assistons pour classiquenews.com, régulièrement aux concerts de l’Orchestre National de France. C’est en ces jours que nous comprenons que nous avons là un orchestre unique, qui peut être fier de son histoire, et dont la flamme ne demande qu’à être à nouveau allumée. Daniele Gatti serait-il cet éclaireur providentiel ?
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TCE Gatti / Resmusica / 13 décembre 2007 |
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Concert « performance » du National
Patrick Georges Montaigu
Quelques jours après avoir montré de quoi il était capable avec Kurt Masur dans la Symphonie Alpestre, l’Orchestre National remettait le couvert face à une autre montagne de difficultés, cette fois sous la direction de son futur chef Daniele Gatti, avec la Symphonie n°6 de Mahler.
Œuvre puissante, sombre, voire torturée, cette énorme symphonie présente pour le chef comme pour l’orchestre de multiples problèmes techniques et musicaux, et peut facilement devenir terrible à écouter si l’orchestre n’est pas au point et ne maîtrise pas sa capacité à produire des décibels tout en restant fondamentalement musical. Par le passé, dans nos salles parisiennes dont l’acoustique ne les a pas forcément aidés non plus, certains chefs ne s’en sont pas sortis et n’ont abouti qu’à nous torturer les oreilles. Ce soir, le National a réussi à éviter ce piège même s’il a parfois tutoyé la limite, sans jamais la franchir.
Nous avons d’ailleurs retrouvé au travers de ces deux concerts un National à son plus haut, avec la même qualité d’engagement individuel (chapeau les premiers pupitres !), ainsi qu’une intensité collective et une cohésion que nous avions déjà pu appréciées dans Strauss. Il est impossible de ne pas y voir le résultat du travail de fond effectué par Kurt Masur depuis 2002, qui a littéralement fait faire un bond qualitatif à cette formation tout en la sortant d’une ronronnante routine. Cette volonté de se défoncer, artistiquement parlant, pour le concert du soir comme si sa vie en dépendait est à saluer bien bas car elle n’est pas si courante dans les concerts d’abonnement.
Toutes ces qualités font sans doute actuellement de cet orchestre le meilleur des orchestres parisiens, en tout cas celui dont les prestations récentes nous ont apportés, et nettement, le plus de satisfactions. Il lui manque encore un petit « plus » pour devenir un « vrai grand » d’Europe et lui permettre de titiller Berlin, Vienne, Amsterdam, et quelques autres (pas si nombreux). En particulier, il lui manque ce « son » que les meilleurs orchestres ont su bâtir et conserver au cours du temps. Car si les bois sont excellents, les cordes et les cuivres n’ont toujours pas le velouté, la suavité, ni encore la puissance et l’assise dans les basses qui feraient franchir un cap supplémentaire. Comparé aux grands sus cités, le son produit par notre orchestre, notamment dans le grand répertoire symphonique allemand qui nous occupe ici, est encore trop impersonnel, presque banal, il n’est pas en lui même porteur d’émotion musical.
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TCE Gatti / ConcertoNet / 13 décembre 2007 |
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Tragédie en musique
Didier van Moere
A en juger par les applaudissements de l’orchestre lui-même, aussi
enthousiastes que ceux du public, le courant passe entre les musiciens
du National et leur nouveau directeur musical – qui prendra
effectivement ses fonctions à la rentrée. Il ne les a pas lâchés une
seconde pendant cette Sixième Symphonie
de Mahler, où ils semblent être sortis d’eux-mêmes, apparemment
sensibles à sa gestique à la fois précise et exaltée. On sait, depuis
une Cinquième gravée avec le Royal Philharmonic Orchestra, qu’il a une passion pour le compositeur autrichien, dont il donne, à travers la Sixième, une image très sombre, presque noire. L’Allegro energico
initial est tendu, implacable, théâtral, justifiant d’emblée le
sous-titre de la symphonie : une vraie tragédie, sans issue. Mais cet
emportement ne nuit jamais à la clarté : on peut lire entre les
portées, l’écheveau polyphonique est parfaitement démêlé et l’on voit
bien que Mahler est l’héritier de toute une tradition, comme après lui
l’Ecole de Vienne. De ce côté que paraît justement pencher Daniele
Gatti, qui a dirigé Moïse et Aaron et s’apprête à diriger Wozzeck : son Mahler prépare l’avenir. Le Scherzo déchaîne une violence apocalyptique, avec un Trio où l’on chercherait en vain, malgré l’élasticité du tempo, un charme viennois. L’Andante
ne se noiera donc pas dans des épanchements complaisants, il restera
passionné, voire exacerbé : même ici, la tension ne se relâche guère.
Fidèle à lui-même, le chef conduit le Finale comme le dernier acte
d’une tragédie en musique, où Schoenberg, plus que jamais, semble
percer sous Mahler. Cette théâtralité – inhérente du reste à la
partition, où le compositeur se met en scène autant qu’en sons – n’en
comporte pas moins des écueils que Daniele Gatti n’évite pas toujours :
il empoigne la partition plus qu’il ne la creuse, ne veillant pas assez
à affiner la dynamique, n’évitant pas une certaine sécheresse. Bref, on
est impressionné, mais la direction paraît plus spectaculaire que
profonde. On n’en apprécie pas moins la qualité du travail accompli
avec le National - dont les solistes seraient tous à citer.
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