Menu concerts
Pelléas et Mélisande / Le Monde / 15 juin 2007 Convertir en PDF Version imprimable Email
"Pelléas" à la peine, hélas !
Marie-Aude Roux

Les 14 et 16 mars 2000, au Théâtre des Champs-Elysées, Bernard Haitink dirigeait l'Orchestre national de France dans une version de concert de Pelléas et Mélisande de Debussy d'anthologie. La publication sur disques de ce concert par Radio France chez Naïve a immortalisé ses soirées inoubliables. Sept ans plus tard, on retrouve le grand chef néerlandais, 78 ans, à la tête du même orchestre, dirigeant le même opéra, mais cette fois mis en scène par Jean-Louis Martinoty. Quel bonheur de retrouver intactes et même en quelque sorte plus "goûteuses", les qualités d'une interprétation qui relève plus d'une diction que d'une direction. Une manière de lire la musique comme un livre, de traiter les timbres comme des mots, de prosodier les lignes comme des phrases, mais aussi de rendre la partition aussi claire qu'un synopsis mental. Délicatesse poétique, sensualité austère, violence lâchée puis reprise, le Pelléas d'Haitink rend avec une élégance presque sauvage les ambivalences profondes des personnages de Maeterlinck. Jean-Louis Martinoty manque de ce don de haute désinvolture. Coincé entre force de vie et désir de mort, il réalise une mise en scène lourdingue, remplie de symboles maçonniques, de miasmes chtoniens, et de quelques ridicules qui ne tuent pas (Pelléas "maître du monde" criant son amour à la face de Mélisande, les bras en croix à la proue du Titanic : "Je t'ai trouvée !").

Eclairages glauques, décors bunker et projections de frondaisons d'arbres vus du fond de l'eau, Martinoty se meut dans un monde de signes, dont la Femme Mélisande, entre Lolita et Carmen, est à la fois l'allumeuse maléfique des origines et le ventre procréateur. Mélisande inondera de sa chevelure-source le coeur d'amour de Pelléas. Mélisande dressera sa chevelure-serpent sous le couteau sacrificateur d'un Golaud ivre de jalousie. Quant au meurtre final, il se fera rituel de gémellité.

AUTODESTRUCTION POIGNANTE

Golaud tuera Pelléas à la diable, un coup de dague par-devant, un coup par-derrière, puis "marquera" Mélisande avant de se sectionner les veines sur le cadavre de son frère qu'il a recouvert de son manteau.

Est-ce à dire que Golaud est une lavette sublime ? Si oui, Naouri est un grand Golaud. La scène où il questionne le petit Yniold jusqu'à la folie dans les affres d'une autodestruction poignante est tout simplement effrayante, vocalement, musicalement, scéniquement. Face à ce Golaud tout en nerfs, le Pelléas de Jean-François Lapointe a un petit côté coq en pâte. La voix est belle, quoique un peu lourde, l'interprétation trop saine pour être sexuellement transmissible. Quant à la Mélisande de Magdalena Kozena - beau timbre, belle silhouette, diction parfois inintelligible mais musicalité sans reproches -, si, même sur son lit de mort, elle n'est pas plus émouvante, c'est qu'elle n'est pas tout à fait humaine.


Citez cet article sur votre site

Soyez le premier à commenter cet article
Flux RSS des commentaires

Commenter
  • Les messages comportant des attaques verbales contre les personnes seront supprimés.
  • Vous pouvez renouveler le code de sécurité en appliquant un rafraîchissement à votre navigateur.
  • Appliquer cette méthode de rafraîchissement si vous avez entré un mauvais code de sécurité.
Nom
E-mail
Site web
Titre
BBCode:Web AddressEmail AddressBold TextItalic TextUnderlined TextQuoteCodeOpen ListList ItemClose List
Commentaire



Code:* Code
Je désire être prévenu par mail des commentaires qui suivront

Powered by AkoComment Tweaked Special Edition v.1.4.6
AkoComment © Copyright 2004 by Arthur Konze - www.mamboportal.com
All right reserved

 
< Précédent   Suivant >