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Saint Denis / Muti / Altamusica / 30 mai 2008 |
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Grand messe
Michel Le Naour
Parfois contesté dans le domaine symphonique – même s’il va occuper le poste de directeur musical de l’Orchestre de Chicago en 2010 –, Riccardo Muti fait l’unanimité lorsqu’il aborde l’opéra et la musique sacrée. Familier du Festival de Saint-Denis depuis 1982, le chef italien y a donné les plus grandes partitions et surtout son cher Cherubini, dont il a remis les messes en selle avec le plus grand bonheur.
En début de programme, un clin d’œil à ses origines avec le Salve Regina du Napolitain Porpora qui eut au XVIIIe siècle son heure de gloire – il eut comme élève le jeune Haydn à Vienne. Il ne faut pas attendre de Muti qu’il revisite ce répertoire à la manière des baroqueux. Plus proche d’une conception romantique et épanouie où les cordes sensuelles du National font un écrin à la voix chaleureuse et virtuose d’Elina Garanča, il ne peut, malgré le soin apporté aux nuances, faire de cette œuvre à la gloire de la Vierge Marie plus qu’elle ne peut donner au niveau de sa substance musicale.
Dans le Chant pour la mort de Haydn de Cherubini, écrit en 1805 à la
suite d’une rumeur courant sur la mort du compositeur viennois qui ne
s’éteignit en fait qu’en 1809, sorte d’oratorio de quinze minutes,
l’influence de la cantate française se fait sentir mais ne peut se
comparer à ce qu’écrira plus tard Berlioz.
Pourtant, le compositeur italien dont on sait qu’il fut directeur
du Conservatoire de Paris de 1822 jusqu’à sa mort en 1842 et apprécié
de Beethoven, parvient dès l’introduction à créer, par une
orchestration saisissante, où les bois et les cordes graves se
détachent, un climat solennel qui se délite un peu par la suite. Les
trois solistes, portés par la battue souple de Muti, donnent le
meilleur d’eux-mêmes avec un caractère théâtral parfois annonciateur du
bel canto.
Morceau de résistance, la dernière et 6e messe de Schubert – que l’on n’entend jamais en France – tient par comparaison du génie. Œuvre de commande composée en quelques mois dans cette année 1828 qui vit naître tant de chefs-d’œuvre, elle devait célébrer la consécration de l’église de la Sainte-Trinité dans les faubourgs de Vienne, et peut-être permettre à Schubert de postuler à la Chapelle Impériale de la capitale autrichienne. On pouvait attendre de la part de l’ancien directeur musical de la Scala qu’il s’engage sur la voie du théâtre plus que de la liturgie, ce qui d’ailleurs n’est pas un contresens eu égard aux idées philosophiques et humanistes de Schubert.
L’impact dramatique l’emporte certes sur le sentiment religieux (Benedictus), mais l’élégance du discours, la hauteur de vue de la direction, l’équilibre des pupitres, le dosage des contrastes qui intègre la violence autant que la délicatesse, emportent l’adhésion. La qualité du plateau vocal, en particulier le ténor Topi Lehtipuu, saisissant dans l’Et incarnatus est et la soprano Genia Kühmeier, au timbre lumineux, y contribue.
Quant à l’Orchestre national, visiblement sous le charme du magnétisme de Muti, il réussit, exploit dans l’acoustique de Saint-Denis, à rendre clair ce qui pourrait être plus compact. Les Chœurs de Radio France, superbement préparés par Bruno Casoni, sont d’une parfaite cohésion et d’un engagement permanent, donnant à cette soirée extraordinaire – au sens premier, c’est-à-dire « hors de l’ordinaire » – une impression d’achèvement.
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