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Saint Denis / Muti / Resmusica / 29 mai 2008 |
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Sacré bel canto
Maxime Kaprielian
Affluence des grands soirs, et pour cause, pour l’ouverture de la session 2008 du Festival de Saint-Denis. Riccardo Muti aux commandes de ce concert a concocté un programme dont il a le secret, fait de baroque tardif et de romantisme précoce sur lequel plane toujours l’ombre de l’opéra.
Le Salve Regina de Porpora ne doit sa survie qu’à l’excellence de ses interprètes. Avec Riccardo Muti, les cordes de l’Orchestre National de France jouent comme un seul homme et forment un soutien idéal pour Elina Garanca. La musique en elle-même ne présente rien d’exceptionnel, traditionnelle mélodie accompagnée dans le plus pur style italien. Le genre d’œuvres qui, interprétées sans grâce, tombent dans la vulgarité. Ce soir là nous en étions fort loin.
La grande surprise fut ce Chant sur la mort de Haydn signé Luigi
Cherubini. Cette pièce, véritable scène lyrique sans aucune référence
au sacré, écrite en 1805 (soit quatre ans avant la mort de Haydn, sic)
porte en elle les futures inspirations de Verdi et de Berlioz. Le
traitement des voix est bel cantiste à souhait, très dramatique, sans
jamais utiliser d’artifices vocaux ni d’ornements. La couleur
orchestrale reste désespérément sombre, avec son introduction aux cors
suivie d’un vaste solo du pupitre de violoncelles (divisés), une
performance à mettre aussi au bénéfice des musiciens du National. Le
trio de solistes (une soprano et deux ténors), avec une considérable
partie a capella, a fort à faire. Dommage que seul Topi Lehtipuu ait
pris soin de chanter en français.
A l’instar de ses autres ultimes œuvres pour piano (Sonate en si bémol majeur D960) ou pour orchestre (Symphonie n°9 en ut majeur D944), la Messe en mi bémol majeur D950 de Schubert est interminable, faite de ces « divines longueurs » dont le compositeur a le secret. La « pâte » Riccardo Muti est toujours présente : tempi amples et sonorité généreuse. En véritable aristocrate de la direction d’orchestre il nous offre une lecture riche et vivante, démonstrative sans être exubérante, empreinte de grandeur sans pour autant tomber dans le hiératisme. Le plateau de solistes, peu sollicités malheureusement, maintient ce niveau d’excellence. Le Chœur de Radio-France n’a quant à lui fait qu’une prestation honnête. De la part de 80 chanteurs professionnels, on est en droit de s’attendre à quelque chose de brillant, surtout avec un tel chef d’orchestre.
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