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Saint Denis / Sir Colin Davis / Le Monde / 11 juin 2008 |
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Sir Colin Davis, prophète de Berlioz
Marie-Aude Roux
Un ciel de printemps légèrement nostalgique, un groupe de jeunes filles blacks dansant aux accents d'une fanfare à la Kusturica : rien, sur le parvis de la basilique Saint-Denis, pour annoncer la terrible leçon de vie que va nous administrer la Grande Messe des morts de Berlioz (1803-1869) sous la baguette de Sir Colin Davis. Berliozien de la première heure (c'est en écoutant Berlioz qu'il décida enfant qu'il serait chef d'orchestre), le chef britannique s'est fait prophète du compositeur, au disque comme dans les salles de concert.
Ce soir, il est le berliozien de l'heure dernière et c'est en messie qu'il dirige le Requiem dont le compositeur écrivait à son ami Humbert Ferrand le 11 janvier 1867 : "Si j'étais menacé de voir brûler mon oeuvre entière, c'est pour la Messe des morts que je demanderais grâce".
Terminé trente ans plus tôt, le Requiem fut
d'abord exécuté le 5 décembre 1837 à la mémoire du maréchal Edouard
Mortier, avant de célébrer la prise de Constantine, où le général
Charles Denys, comte de Damrémont, avait trouvé la mort. Alfred de
Vigny, qui l'entendit en l'église Saint-Louis des Invalides, parlera
d'une musique "belle et bizarre, sauvage, convulsive et douloureuse".
Mais aussi démiurgique et frappée de gigantisme : les cinq cents
musiciens voulus par Berlioz (en cela héritier des grandes célébrations
révolutionnaires et des fastes impériaux) furent réduits à 450 avant de
se stabiliser autour de 400 exécutants.
Une musique dont les
effets cathartiques avaient été soigneusement pensés par le
compositeur, qui avait disposé aux quatre angles de l'édifice une
quadriphonie de petits orchestres de cuivres, de manière à frapper
davantage au moment du fameux "Dies Irae" annonçant la fin du monde et
le Jugement dernier.
C'est ainsi que Colin Davis a déchaîné les
peurs et les pleurs, les suppliques et les prières. Le ténor belge Marc
Laho (un joli timbre) remplaçait le jeune Sébastien Guèze, dans
l'angélique "Sanctus". Une seule voix pour les Choeurs de l'Académie
Sainte-Cécile de Rome et ceux de Radio France, tandis que l'Orchestre
national de France témoignait de sa complicité avec le chef d'orchestre
britannique.
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