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TCE Gatti / ConcertoNet / 13 décembre 2007 Convertir en PDF Version imprimable Email
Tragédie en musique
Didier van Moere

A en juger par les applaudissements de l’orchestre lui-même, aussi enthousiastes que ceux du public, le courant passe entre les musiciens du National et leur nouveau directeur musical – qui prendra effectivement ses fonctions à la rentrée. Il ne les a pas lâchés une seconde pendant cette Sixième Symphonie de Mahler, où ils semblent être sortis d’eux-mêmes, apparemment sensibles à sa gestique à la fois précise et exaltée. On sait, depuis une Cinquième gravée avec le Royal Philharmonic Orchestra, qu’il a une passion pour le compositeur autrichien, dont il donne, à travers la Sixième, une image très sombre, presque noire. L’Allegro energico initial est tendu, implacable, théâtral, justifiant d’emblée le sous-titre de la symphonie : une vraie tragédie, sans issue. Mais cet emportement ne nuit jamais à la clarté : on peut lire entre les portées, l’écheveau polyphonique est parfaitement démêlé et l’on voit bien que Mahler est l’héritier de toute une tradition, comme après lui l’Ecole de Vienne. De ce côté que paraît justement pencher Daniele Gatti, qui a dirigé Moïse et Aaron et s’apprête à diriger Wozzeck : son Mahler prépare l’avenir. Le Scherzo déchaîne une violence apocalyptique, avec un Trio où l’on chercherait en vain, malgré l’élasticité du tempo, un charme viennois. L’Andante ne se noiera donc pas dans des épanchements complaisants, il restera passionné, voire exacerbé : même ici, la tension ne se relâche guère. Fidèle à lui-même, le chef conduit le Finale comme le dernier acte d’une tragédie en musique, où Schoenberg, plus que jamais, semble percer sous Mahler. Cette théâtralité – inhérente du reste à la partition, où le compositeur se met en scène autant qu’en sons – n’en comporte pas moins des écueils que Daniele Gatti n’évite pas toujours : il empoigne la partition plus qu’il ne la creuse, ne veillant pas assez à affiner la dynamique, n’évitant pas une certaine sécheresse. Bref, on est impressionné, mais la direction paraît plus spectaculaire que profonde. On n’en apprécie pas moins la qualité du travail accompli avec le National - dont les solistes seraient tous à citer.
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