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Suite du cycle Brahms

18 décembre 20h - Théâtre des Champs-Elysées Ouverture Tragique - 4ème symphonie Bartok: concerto pour piano n°3 Daniele Gatti / Mihaela Ursuleasa

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TCE Gullberg Jensen / Concertonet / 9 octobre 2008 Convertir en PDF Version imprimable Email
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Portrait d’un jeune chef pressé

Sébastien Gauthier


Il est toujours réconfortant de constater que le public répond à l’appel de programmes qui, évitant de se cantonner aux classiques habituels, sortent des sentiers battus et proposent des pièces dont l’abord facile n’est pas forcément la première caractéristique. Tel était le cas ce soir où le Théâtre des Champs-Élysées affichait complet pour une envolée vers le nord et l’est de l’Europe musicale.

Les Danses symphoniques sur des motifs norvégiens ne font pas partie des morceaux les plus connus d’Edvard Grieg (1843-1907) mais se rattachent néanmoins à la véritable passion que le compositeur éprouvait pour les mélodies populaires de sa Norvège natale. On en trouve d’ailleurs les traces dans nombre de ses opus, qu’il s’agisse des huit Romances et danses sur des poèmes norvégiens opus 18 pour voix et piano, des chants et danses populaires nordiques opus 17 ou de l’Album for Mandssang pour chœur d’hommes, d’après des mélodies populaires norvégiennes. Les quatre danses symphoniques présentées ce soir, initialement destinées au piano et créées en 1899 dans leur version orchestrale, reposent toutes sur un même schéma mélodique. Sans fioriture aucune, Eivind Gullberg Jensen prend cette partition à bras-le-corps, conduisant les musiciens à s’adapter avec souplesse aux différents climats (la marche triomphale de la première danse précédant le lyrisme entrecoupé d’une danse grinçante de la deuxième, la valse de la troisième cédant la place au burlesque de la quatrième) imposés par une partition parfois taillée à la serpe…

Plus connu, le Premier concerto pour piano de Dimitri Chostakovitch (1906-1975) permettait de confronter deux musiciens aux antipodes l’un de l’autre. D’un côté, le génial pianiste Alexandre Toradzé, tout en rondeur et en facéties, interprète d’une intégrale des Concertos pour piano de Prokofiev, qui a rallié tous les suffrages. De l’autre, Guillaume Jehl, jeune et timide trompettiste de trente ans, soliste du National. Reprenant un précepte maintes fois vérifié en sciences, l’alchimie de ces deux « contraires » a été parfaite. Si Jehl s’est montré très convaincant (aussi bien dans les tonalités de « clown triste » du second mouvement que dans la cavalcade finale), Alexandre Toradzé a tout simplement été époustouflant de technique, de musicalité (alliant ce qu’il y a de plus simple chez un Satie avec ce qu’il y a de plus diabolique chez un Scriabine) et d’engagement. Les deux solistes, parfaitement accompagnés par les cordes de l’Orchestre National, ont offert un bis du troisième mouvement à un public conquis de bout en bout.

Jean Sibelius (1865-1957) était au programme de la seconde partie. La première œuvre présentée fait figure de véritable « amusette » pour le compositeur finlandais… L’histoire veut que Sibelius, devant faire face à quelques difficultés économiques, ait composé plusieurs œuvres de petite taille dans un but uniquement alimentaire. Ainsi, en juin 1922, il acheva la Suite mignonne pour deux flûtes et orchestre à cordes, précédant de quelques mois la Marche académique (achevée en octobre de la même année) et la Valse chevaleresque (terminée en novembre). Pièce anecdotique de sept minutes, elle fut jouée honorablement par les différents protagonistes.

Eivind Gullberg Jensen a déjà dirigé Sibelius avec succès à la tête du National, notamment sa Deuxième symphonie (voir ici). Il s’attaquait ce soir à la Première symphonie, œuvre postromantique créée en avril 1899 avant de faire l’objet d’une révision en mars 1900 (c’est à ce moment que Sibelius ajouta notamment la splendide introduction confiée à la clarinette). L’impression donnée ce soir est mitigée. Si la clarinette est très belle, si les cordes font montre d’une admirable cohésion (notamment dans le second mouvement), Gullberg Jensen dirige de façon trop pressée et gomme ainsi certains détails orchestraux. Le manque de respiration, le manque d’ampleur et, pour ce qui est du seul quatrième mouvement, le parti pris en matière rythmique déçoivent franchement. De ce fait, la progression qui doit conduire à ce que la musique se soit « soudain abîmée dans une trappe », pour reprendre l’expression de Marc Vignal dans son Jean Sibelius (Fayard), n’existe pas… Mettons ça sur le compte de la jeunesse d’un chef doué d’un véritable charisme et qui, à l’instar d’un bon vin, doit encore se bonifier pour donner le meilleur de lui-même.

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