|
TCE Harding / ConcertoNet / 11 janvier 2008 |
|
|
|
Surprises d’outre-Manche
Simon Corley
Les Slaves sont à l’honneur cette saison, aussi bien à l’Orchestre de
Paris qu’à l’affiche des formations de Radio France: une orientation
d’autant mieux venue qu’elle permet comme ici, au détour d’un programme
hélas bien court et bizarrement construit, d’entendre des pièces rares.
Ainsi, même si Harnoncourt, par exemple, s’y est assez récemment
intéressé au disque, tout un volet du corpus orchestral de Dvorak
demeure dans l’ombre, bien que pourtant postérieur à son ultime Symphonie «Du nouveau monde»:
les quatre poèmes symphoniques de belles proportions (quinze à trente
minutes chacun), composés en 1896 d’après les légendes tchèques
recueillies par Erben.
Troisième de ce cycle, Le Rouet d’or ne constitue pas une
énième variante sur le thème du filage, abondamment illustré au XIXe
siècle, de Schubert à Saint-Saëns en passant par Mendelssohn et Wagner:
fidèle à l’esprit des ballades d’Erben, il associe la tradition
populaire, le fantastique et le drame, dans un style qui évoque parfois
le premier Mahler ou même un capiteux postromantisme. Pour sa troisième
apparition à la tête de l’Orchestre national de France, Daniel Harding
ne s’est pas défait de tous ses tics de direction, notamment une
certaine raideur, mais surprend très agréablement, avec des musiciens
qui jouent parfaitement le jeu, à commencer par la flûte de Michel
Moraguès.
Le chef britannique n’a décidément pas de chance avec ses solistes dans le Premier concerto
(1858) de Brahms: voici près de cinq ans, dans un tout autre contexte –
l’Orchestre de chambre Mahler (avec un nombre de cordes exactement égal
à la moitié de celui du National) – mais en ce même Théâtre des
Champs-Elysées, Lars Vogt avait dérouté dans une glaciale
déconstruction de l’œuvre (voir ici).
Se plaçant dans la tradition historique des pianistes-compositeurs,
l’Anglo-australien Stephen Hough s’est principalement fait connaître
dans un répertoire aussi marginal que virtuose, tant au concert qu’au
disque (voir ici).
En novembre 2004, un récital parisien, mêlant pièces de genre et grand
répertoire, avait permis d’apprécier les qualités mais aussi de mesurer
les limites de cet adepte du «small is beautiful» (voir ici). Il était donc particulièrement intéressant de le voir confronté à un monument tel que le Premier
de Brahms: malgré quelques accrocs, il confirme qu’il en possède bien
entendu les moyens techniques et même physiques, quitte d’ailleurs à ne
pas toujours utiliser cette puissance à bon escient. Mais s’il fait
sensation, c’est malheureusement davantage avec ses mocassins turquoise
en forme de charentaises que par son jeu, alternant sans cohérence
apparente prudence et brusques retours de flamme romantique: une
excentricité étrangement dépourvue de saveur, comme celle d’un dandy
fatigué qui, malgré les lancers de roses depuis le premier balcon,
n’accordera pas de bis à un public pourtant visiblement ravi.
L’occasion sera donnée de retrouver ce concerto dès les 30 et 31
janvier avec Daniel Barenboim, qui l’a choisi pour son retour à
l’Orchestre de Paris, sous la direction de son lointain successeur,
Christoph Eschenbach.
Citez cet article sur votre site
Powered by AkoComment Tweaked Special Edition v.1.4.6 AkoComment © Copyright 2004 by Arthur Konze - www.mamboportal.com All right reserved |