De Leipzig à New York
Simon Corley
Théâtre des Champs-Elysées
09/13/2007 - et 21 septembre 2007 (Besançon)
Felix Mendelssohn : Ruy Blas, ouverture, opus 95 – Concerto pour violon n° 2, opus 64
Antonin Dvorak : Symphonie n° 9 «Du nouveau monde», opus 95, B. 178
Joshua Bell (violon)
Orchestre national de France, Kurt Masur (direction)
C’est la rentrée: après l’Orchestre de Paris (voir ici),
au tour de l’Orchestre national de faire la sienne. A chacun son
directeur musical allemand (Christoph Eschenbach d’un côté, Kurt Masur
de l’autre), sa star cabotine (Lang Lang pour l’un, Joshua Bell pour
l’autre), sa première partie germanique et concertante (Beethoven vs.
Mendelssohn), sa symphonie slave en seconde partie (Tchaïkovski ou
Dvorak), sa retransmission en direct (sur Radio Classique ou sur le
réseau de l’UER), son ancien ministre de l’économie et des finances
parmi le public (de gauche à Pleyel, de droite au Théâtre des
Champs-Elysées) et, surtout, son anniversaire: quarante ans pour
l’Orchestre de Paris, quatre-vingts ans pour Masur.
Né un 18 juillet, il a déjà reçu de beaux hommages à Leipzig puis aux
Proms, lors d’un concert conjoint avec l’Orchestre philharmonique de
Londres. Paris vient ainsi ajouter le sien au cours de cette soirée
inaugurale, dont les spectateurs pourront conserver en souvenir un
livre-programme exhaustif «Bon anniversaire Maestro!» (biographie,
entretiens, témoignages, liste des concerts donnés depuis septembre
2002, …) distribué gratuitement comme de coutume à Radio France et
complété par un disque d’une heure, «Au cœur de l’orchestre»,
comprenant des reportages et entretiens réalisés par Jean-Paul
Quennesson, quatrième cor.
Un moment qui est aussi celui des adieux, puisque Masur a déjà quitté
l’Angleterre, où il était en poste depuis 2000, et que son contrat à la
tête du National prendra fin début juillet. D’ici là, la formation
accueillera par ailleurs son successeur désigné, Daniele Gatti, à trois
reprises, mais aussi James Conlon, Colin Davis, John Eliot Gardiner,
Yoel Levi, Jesus Lopez Cobos, Riccardo Muti et Seiji Ozawa, la jeune
génération (Alain Altinoglu, Mikko Franck, Fabien Gabel, Daniel
Harding, Yannick Nézet-Séguin, Tugan Sokhiev) étant en outre
particulièrement à l’honneur. Côté solistes, l’affiche n’est pas moins
riche, avec Marc Coppey, Till Fellner, Nelson Freire, Jonathan Gilad,
Stephen Hough, Steven Isserlis, Sergey Khachatryan, Laurent Korcia,
Louis Lortie, Nikolaï Lugansky, Anne-Sophie Mutter, Maria Joao Pires,
Gil Shaham, et, ici aussi, de nombreux jeunes talents (Racha Arodaky,
Gautier et Renaud Capuçon, David Fray, Lise de la Salle, Katia Skanavi).
Hormis des curiosités telles que Metamorphoseon Modi XII de Respighi ou Ogelala
de Schulhoff, l’originalité ne sera pas de mise, sans doute notamment
parce que pour sa dernière année dans la capitale, Masur privilégie ses
auteurs de prédilection – Brahms, Bruckner, R. Strauss, Tchaïkovski –
concluant sur une intégrale des Symphonies de Beethoven. Dans
cet esprit, le programme du concert d’ouverture permettait d’évoquer
deux étapes importantes de sa carrière: Mendelssohn, dans un premier
temps, renvoyait à Leipzig, où il présida aux destinées du Gewandhaus
de 1970 à 1996; Dvorak menait ensuite à New York, où il fut le patron
du Philharmonique de 1991 à 2002.
Masur a toujours exprimé son admiration pour Mendelssohn, l’un de ses
prédécesseurs à Leipzig, qu’il inscrivit au programme dès son arrivée à
Paris: avec l’ouverture pour Ruy Blas
(1839), il s’attache même à défendre une pièce d’intérêt plus
secondaire, à laquelle il parvient à conférer urgence, fougue et
panache.
«Légende vivante de l’Indiana», comme le précise de manière édifiante
sa longue biographie, Joshua Bell aborde avec une décontraction «à
l’américaine» le Second concerto
(1844), faisant trop souvent déraper l’archet, tant d’un point de vue
technique qu’interprétatif. Si son jeu est moins maniéré que son
apparence scénique, si sa puissance et son assurance ont peu
d’équivalent dans le circuit international, cette façon de tirer sans
cesse l’auditeur par la manche, en soulignant le pathos ou en faisant
joli, n’apporte pas grand-chose à ces pages, alors même que Masur
dispense un accompagnement d’un rare raffinement. Le violoniste
présente dans le premier mouvement une cadence de son cru, qui s’insère
de façon moins naturelle que celle de Mendelssohn – mais peut-être
est-il difficile de lutter ici contre la force de l’habitude.
En bis, il joue un extrait de la musique pour le film Le Violon rouge
(1999), que John Corigliano lui a écrite: une virtuosité un peu
tapageuse mais parfaitement violonistique, qui ne surprend pas de la
part du compositeur, fils d’un ancien premier violon de l’Orchestre
philharmonique de New York.
Autre immense classique en mi mineur, la Neuvième symphonie «Du nouveau monde»
(1893) de Dvorak est également chère au cœur de Masur, qui l’avait
choisie pour la Fête de la musique en 2006 sous la pyramide du Louvre.
On regrettera être demeuré totalement froid devant une interprétation
dans laquelle le chef, comme dans la Deuxième des Danses slaves de l’opus 72
(1886/1887) offerte en bis, étonnamment peu gracieuse, donne
l’impression de butiner arbitrairement dans la partition, soulignant
tel ou tel détail, soignant tel ou tel phrasé: chaque section
considérée séparément pourrait convaincre, mais l’ensemble peine à
décoller, manquant de lignes directrices, et les quelques moments de
tension ne tardent pas à retomber rapidement.
L’auditeur parisien ne tardera toutefois pas à trouver largement de
quoi se consoler, puisque qu’il pourra réentendre l’œuvre encore quatre
fois cette saison, et ce dès le 28 septembre par Myung-Whun Chung et
son Orchestre philharmonique: songer à un minimum de coordination entre
institutions de part et d’autre de la Seine paraît décidément encore
plus utopique que jamais puisque Radio France ne parvient même pas à
éviter un tel doublon à deux semaines d’intervalle dans sa propre
programmation…
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