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Suite du cycle Brahms

18 décembre 20h - Théâtre des Champs-Elysées Ouverture Tragique - 4ème symphonie Bartok: concerto pour piano n°3 Daniele Gatti / Mihaela Ursuleasa

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TCE Masur / Cycle Beethoven / Le Monde / 9 juillet 2008 Convertir en PDF Version imprimable Email
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Kurt Masur, mission accomplie
Marie-Aude Roux






"On lui a greffé les reins d'un lion !" : c'est le bruit qui a couru parmi les musiciens dès que Kurt Masur (il aura 81 ans le 18 juillet) eut repris ses activités après avoir subi en novembre 2001 une grave transplantation rénale. Quelques mois plus tard, en septembre 2002, le chef d'orchestre allemand prenait la direction de l'Orchestre national de France : une autre greffe léonine, le temps des deux mandats de trois ans, au terme desquels aura lieu le passage de témoin à l'Italien Daniele Gatti dès septembre.

Le voici donc, Kurt Masur, au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, pour un roboratif cycle d'adieux beethovéniens, qui bouclera la boucle (il avait commencé avec un cycle Beethoven en novembre 2002).

Ce mercredi 9 juillet, celui qui continuera à être chef honoraire du National célèbre de Beethoven la veine épique. Une épopée de circonstance tout d'abord avec La Victoire de Wellington ou la bataille de Vittoria op. 91, oeuvre à forte connotation patriotique et faible potentiel musical, résolument anti-française, qui relate la défaite des troupes napoléoniennes en terre espagnole devant l'armée britannique le 21 juin 1813. Quelque mois plus tard, l'Autriche, entrée dans la Quadruple Alliance en juin, déclarera la guerre à la France, en août. Quant à la fin programmée de Napoléon Ier, elle relève le moral en berne d'un Beethoven en rupture de création depuis l'automne 1812.

Créée à Vienne les 8 et 12 décembre, La Bataille sera donnée les 30 et 31 octobre en faveur des victimes de la bataille de Hanau. Cette "prodigieuse plaisanterie musicale", à laquelle participe l'intelligentsia musicale viennoise - Hummel, Salieri, Spohr - permettra au compositeur de présenter sa Septième Symphonie qui, dans l'ivresse du moment, fera de lui une gloire populaire nationale tout en lui assurant un confortable soutien pécuniaire.
Avec ses allures de général en chef bienveillant, Masur a fait donner la musique comme au champ de bataille, de part et d'autre de la scène. C'est ainsi que tambours et trompettes anglaises résonnent à cour avant le Rule Britannia, auxquels répondent, à jardin, la fanfare des Français et Malbrough s'en va-t-en-guerre. La bataille fera rage à coup de canonnades de grosse caisse.

Peu d'humour, il est vrai, dans cette interprétation, mais quelque chose de cet "idéalisme stupide" qui fit dire à Masur que "la vérité de la musique, comme la vérité tout court, ne passe pas par la diplomatie". On ne peut s'empêcher de penser que l'homme fut l'un des "héros de Leipzig", artisan de la manifestation pacifiste du 9 octobre 1989 - 70 000 manifestants face aux forces de l'ordre et pas une vitre cassée -, au point que la foule, massée devant le Gewandhaus, scandera son nom pour l'appeler à de plus hautes responsabilités.

Notoriété artistique, ascendant moral, Masur l'humaniste, qui a participé à la réunification de l'Allemagne, transformant sa salle de concerts en Nouveau Forum dans une Allemagne de l'Est au bord de la guerre civile, était de taille à redresser un orchestre tombé dans la déconfiture après les années de déliquescence sous la direction de Charles Dutoit.

C'est évidemment dans la Septième Symphonie que le constat sera le plus patent. En six ans, le chef est parvenu à rendre à cet orchestre, qui a fêté ses 70 ans en 2005, une confiance en soi et un appétit de jouer ensemble comme cela s'entend peu. Il lui a donné une cohésion et une densité sonores incroyables, cette fameuse "pâte d'orgue", instrument auquel il se destinait et qui lui fut interdit à cause de contractures digitales irréversibles provoquées par une maladie génétique déclarée à l'adolescence, qui l'obligèrent à devenir chef comme "un Espagnol pauvre devient toréador".

L'homme qui dirigea l'orchestre de Mendelssohn, le fameux Gewandhaus de Leipzig, de 1970 à 1996, a fait du National un orchestre solaire et solide, plébiscité par la critique dans le répertoire international, sans doute le meilleur des orchestres français du moment.

On ne lui reprochera pas - comme ce fut le cas quand il était directeur de l'Orchestre philharmonique de New York (de 1991 à 2002) - d'être trop allemand, car c'est le meilleur de la "tradition" qui irrigue désormais les rangs de l'Orchestre français, lequel n'a pas perdu pour autant son héritage d'hédoniste.

On en aura pris la mesure dans le Concerto pour piano "L'Empereur", programmé en fin de seconde partie, un concerto de facture noble, au lyrisme chaud, au souffle souverain - exemplaire pour ainsi dire. Avec un Nelson Freire qui, pour connaître son "Empereur" sur le bout de ses doigts de fer et de velours, n'en donne pas moins une interprétation profonde et pénétrante, dénuée de cette tentation de lassitude que distille parfois sans le vouloir la trop grande proximité avec les oeuvres.

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