TCE Masur / Cycle Beethoven / Resmusica / 2 et 3 juillet 2008
Les choses sérieuses commencent Patrick Georges Montaigu
Suite de l’intégrale Beethoven en cours, avec les concerts III et IV consacrés, comme il se doit, aux œuvres portant les « n°3 » et « n°4 ». Si on pouvait, à la rigueur, considérer les deux premiers concerts comme des entrées en matière beethovénienne, cette fois-ci les choses sérieuses commençaient vraiment, chef et orchestre étaient à l’épreuve du feu, les qualités et limites de leur interprétation se dessinaient plus clairement, avec une réussite fort contrastée, entre pair et impair. Car, même si cette fameuse dichotomie ne s’applique, en principe, qu’aux symphonies, justifiant que certains interprètes se montrent plus à l’aise ici que là, elle était parfaitement adaptée à ces deux concerts, le IV l’ayant nettement emporté sur le III, surtout dans les parties purement symphoniques.
Commençons par les deux ouvertures, Leonore III et Leonore IV alias Fidelio. Sans surprise, nous avons retrouvé dans Leonore III le style déjà remarqué lors de l’exécution de Leonore II. Le caractère assez littéral de l’interprétation de Kurt Masur nous a semblé un peu plus évident, avec une certaine difficulté à créer, dès la première partie et son premier accord assez inexpressif, un climat dramatique intense. Ainsi suspens, respiration, attente et résolution, tension et libération, nous semblaient quelque peu oubliés, au profit d’une avancée métronomique régulière mais un peu plate. La musique s’écoulait sans heurt, mais sans « histoire » alors que cette longue ouverture est pourtant emplie d’événements. Le lendemain, dans la plus condensée ouverture de Fidelio, chef et orchestre trouvaient immédiatement un ton plus affirmé, une couleur orchestrale bien plus dense et homogène, une conduite du discours plus nette, une dynamique parfaitement beethovénienne, faisant de cette ouverture une incontestable réussite, là où les Leonore nous avaient laissés sur notre faim.
Suivant le principe d’un interprète différent par soirée, le viennois Till Fellner et le québécois Louis Lortie se sont partagé, dans l’ordre, les concertos n°3 et 4. Le premier soir, comme pour Leonore III qui l’a précédé, nous avons eu le sentiment que Masur n’avait pas réussi à instaurer le climat dramatique et sonore idéal dès l’introduction du concerto, et avait attendu l’entrée dans le développement du premier mouvement où nous avons senti que d’un seul coup, tout allait mieux et s’écoulait avec plus de naturel. Alors que le Concerto n°4 bénéficiait d’emblée de l’intensité et de la qualité orchestrale trouvée pour Fidelio. De leur côté les deux pianistes nous offraient deux approches différentes, plus directe et classique de la part de Till Fellner, plus personnelle, nuancée et subtile chez Louis Lortie, peut-être même un peu trop, certaines notes nous ayant donné l’impression de s’évaporer ici ou là, alors que l’accompagnement orchestral avait retrouvé toute sa puissance virile.
Le contraste le plus fort venait de l’exécution des deux symphonies avec une « Héroïque » en deçà de son potentiel, mais une quatrième formidable de tenue, d’intensité, expressive et colorée, servie par un National à son meilleur. Les deux principaux reproches que l’on pouvait faire à l’écoute de l’« Héroïque » étaient une lecture beaucoup trop littérale et basique de la part du chef, et un son peu homogène, manquant de puissance, aux couleurs insuffisamment variées de la part de l’orchestre. Une fois de plus nous déplorions des contrebasses soutenant à peine les violoncelles (même défaut que pour la Leonore où on ne peut oublier le calme plat qui suivit l’entrée des contrebasses dans la coda alors qu’on s’attend normalement à un tremblement de terre !), des timbales bien discrètes, des cuivres timorés, des cordes manquant de soyeux. Bref un peu juste pour cette œuvre grandiose et révolutionnaire, surtout dans le premier mouvement, que Masur a abordé comme avec timidité, jouant les notes oui, mais le fameux « derrière les notes » pas vraiment. Que s’est il passé entre ces deux soirs pour que l’orchestre se transfigure autant, on ne sait, peut-être que l’inspiration du chef a tout entraîné derrière elle, toujours est-il que cette Symphonie n°4 fut remarquable d’un bout à l’autre, constituant, jusqu’ici, l’incontestable sommet de cette série. Puisse cette qualité orchestrale et musicale retrouvée se poursuivre dans les prochains concerts.