TCE Masur / Cycle Beethoven / Resmusica / 9 juillet 2008
Avantage aux symphonies Patrick Georges Montaigu
C’est par la rarement jouée Bataille de Vittoria que Kurt Masur a choisi de débuter l’avant dernier concert de son intégrale Beethoven, choix légèrement surprenant car cette œuvre « de circonstance » n’est pas vraiment du niveau des immenses chefs-d’œuvre qui l’entourent. Contemporaine de la Symphonie n°7, on se contentera de cette logique et on profitera de l’originalité du dispositif scénique sensé représenter une bataille, avec, à l’arrière scène deux fanfares symbolisant les armées françaises et anglaises, sans compter deux mini orchestres de cuivres et percussions s’opposant en en coulisse, illustrant la bataille elle-même avec moult coups de canons. De ce point de vue c’était plutôt réussi, martial et cocasse à souhait, avec ses hymnes reconnaissables (Rule Britania et God Save The King contre Malbrough s’en va-t-en guerre), que demander de plus !
Avec le Concerto « L’Empereur » l’intérêt musical était tout autre, nous étions revenus sur les cimes de l’inspiration beethovénienne, dans cette œuvre où l’équilibre et la complémentarité entre piano solo et orchestre, donc entre pianiste et chef est primordiale. Comme l’est le mariage magique de la puissance expressive alliant noblesse et grandeur, avec un sens profond de la poésie pour réussir pleinement ce concerto. Le pari fût-il totalement réussi ce soir ? Pas entièrement. Premier fautif, le pianiste qui, malgré d’indéniables qualités, a donné une vision trop uniformément lumineuse de son interprétation, jouant presque essentiellement de la main droite, à qui il a manqué le soutient et le contrepoint d’une main gauche vivante et expressive. Quelque soit l’œuvre, sonate ou concerto, négliger la main gauche dans Beethoven est toujours préjudiciable. De son côté l’orchestre a donné un accompagnement propre et dense, mais un peu « carré », refusant ici d’aller vers plus d’animation, là vers plus d’intériorité. Ce choix médian, fort bien exécuté, n’en était pas moins un peu frustrant. A cela s’ajoutaient une maîtrise, non techniquement mais musicalement parlant, pas toujours convaincante des interventions des cuivres, et ici où là quelques problèmes de synchronisation piano orchestre plus ou moins perceptibles, dont le plus spectaculaire apparu à la toute fin du concerto. Donc ce n’était pas parfait, et si on mettait ça en disque, la comparaison avec les grandes versions du passé risquerait d’être un peu rude. Mais dans la seule perception immédiate du concert, le jeu chantant sans esbroufe de Nelson Freire, plus à son aise dans l’Adagio un poco mosso et le Rondo final, et la qualité sonore de l’orchestre, méritaient applaudissements.
Effet où illusion de la présence de la Bataille de Vittoria en ouverture du concert, il nous a semblé que la Symphonie n°7 sonnait elle aussi un peu martiale, avec les mêmes problèmes d’intervention de cuivres détachée du reste de la structure sonore déjà remarqués dans le concerto. Nous étions loin de la fameuse « Apothéose de la danse » vue par Wagner, mais reconnaissons qu’il ne faut surtout pas prendre ce qualificatif au pied de la lettre, au risque d’une interprétation bien réductrice. Ce soir, comme de coutume, l’effectif de cordes était largement dimensionné, Kurt Masur justifiant qu’il le fallait pour remplir le volume sonore de nos grandes salles modernes. Nous ne pouvons qu’être d’accord avec lui, la réussite, de ce strict point de vue, de cette série de concerts le confirme brillamment. L’utilisation des nouvelles versions des partitions est plus anecdotique, la différence entre « traditionnelles » et « nouvelle » partitions étant quasiment invisible à côté de la différence de perception de deux chefs face à la même partition. Quant à l’utilisation des reprises, à nos oreilles pas toujours convaincante, elle a souffert ce soir d’une exception, Masur n’ayant pas fait celle de l’exposition du Vivace de la symphonie. Tant mieux. Nous placerons la réussite de cette n°7 entre la moins convaincante « Pastorale » et les excellentes n°4 et n°5, à ce jour encore, les sommets du cycle. A son crédit une qualité orchestrale de haut niveau, une conduite du discours rigoureuse, même si toujours un peu « carrée » et peu variée, mais cela a toujours été le style de Kurt Masur, « à la Kapellmeister » au bon sens du terme. Cela donna un bon premier mouvement, qui néanmoins ne décollera pas au moment de la récapitulation. Le meilleur moment fut un Allegretto fort bien conduit, beau et émouvant. Le Presto démarra vivement, ce qui est excellent, mais du coup ne progressera pas vraiment. Quant au final, ce monstrueux et injouable final, qui est totalement réussi une fois par siècle (quoi qu’on ait connu au moins un récidiviste), mention bien malgré ses limites (par exemple pas d’emballement final, pas de climax sur les deux fff de la coda). Mais si on place cette interprétation en perspective, il est possible que ce ne soit pas loin de ce qu’on peut entendre de mieux aujourd’hui : comparée par exemple à l’interprétation récente de Simon Rattle avec ses berlinois, la supériorité de la version de ce soir est presque écrasante.