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TCE Sokhiev / ConcertoNet / 22 mai 2008 |
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Le chimiste et l’ingénieur
Simon Corley
Avant même de se présenter pour la première fois à Paris, en mai 2006, avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse (voir ici),
dont il est le premier chef invité depuis septembre 2005, Tugan Sokhiev
y avait déjà dirigé les deux orchestres de Radio France: le Philhar’ en
décembre 2005 puis le National le mois suivant (voir ici). Une collaboration poursuivie avec une remarquable Katarina Ismaïlova de Chostakovitch (voir ici)
et, toujours dans le répertoire russe, par ce programme autour de
Borodine, quasiment identique et à peine plus long (moins de
soixante-dix minutes de musique) que celui donné en octobre dernier par
Valery Gergiev à l’Orchestre de Paris.
L’exercice n’aura donc pas permis d’apprendre grand-chose de plus sur l’auteur du Prince Igor,
dont les inévitables «Danses polovtsiennes» (1879) – sans les chœurs –
ouvrent le concert. Sokhiev parvient cependant à convaincre d’emblée
que la soirée n’en valait pas moins le déplacement: la battue est ferme
et péremptoire, parfois même un peu sèche, mais au moins refuse-t-elle
la facilité des débordements expressifs et de la saturation en
décibels, sans nuire en quelque façon que ce soit au caractère
spectaculaire de ces déferlements «barbares». En seconde partie, la Deuxième symphonie
(1876/1879) confirme les belles couleurs que prend l’orchestre, charnu
autant que tranchant, sous la baguette à la fois précise et généreuse
du chef ossète: chaleureusement accueilli par les musiciens au moment
des rappels, il semble plus à l’aise dans l’esprit respectivement
rhapsodique et dansant des deux derniers mouvements que dans la
conduite de l’Allegro initial, plus subjective, mais sa venue n’en laisse pas moins l’un des meilleurs souvenirs de la saison du National.
Entre-temps, le chimiste – ainsi que l’écrit fort pertinemment
Christian Wasselin, Borodine reste en effet, notamment en raison de ses
activités scientifiques, un «compositeur de l’inachèvement» – avait
laissé place à l’ingénieur. Car à vingt-sept ans, Jonathan Gilad mène
une carrière internationale après être sorti de l’X dans le corps des
Ponts et Chaussées. Dans le Premier concerto (1891/1917) de Rachmaninov, comme dans le Cinquième des dix Préludes de l’Opus 23
(1903) offert en bis, il déploie une puissance et un panache qui ne
l’empêchent pas de se montrer rétif aux effusions: un toucher mordant
et agile, malgré une tendance à avaler les notes, qui a le mérite de ne
pas en rajouter, au point de s’en trouver presque en retrait d’un
accompagnement très présent, sonore et dynamique.
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