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War Requiem / Le Figaro / 5 juillet 2007 Convertir en PDF Version imprimable Email
Une fresque bouleversante
Christian Merlin

Lorsqu'il était directeur musical du New York Philharmonic, Kurt Masur avait enregistré une très belle version du War Requiem, de Benjamin Britten : on y percevait les affinités du chef allemand avec cette oeuvre poignante. Mais on ne pouvait prévoir pour autant le degré d'émotion auquel Masur allait la porter à la basilique de Saint-Denis, à la tête de l'Orchestre national de France, du Choeur et de la Maîtrise de Radio France. Comme dans les symphonies de guerre de Chostakovitch, Masur est chez lui dans ces fresques dénonçant l'inhumanité du XXe siècle : on a l'impression qu'en racontant l'histoire du monde il nous raconte la sienne propre. À Saint-Denis, pourtant, les conditions sont loin d'être idéales pour la mise en place du savant dispositif imaginé par Britten pour célébrer en 1962 la reconstruction de la cathédrale de Coventry détruite par les bombardements. L'acoustique tournante de la basilique des rois de France rend périlleux l'enchevêtrement des rythmes et la cohésion entre le choeur et l'orchestre. Quant au fait de reléguer au fond le petit orchestre de chambre qui vient relayer l'effectif symphonique, il en brouille les contours, malgré la précision de la battue du jeune Fabien Gabel, à qui Masur a confié cette tâche que Britten soi-même ne négligeait pas d'endosser lorsqu'un autre que lui dirigeait la grande formation. Quant au chef octogénaire, sa santé rend sa gestuelle de plus en plus minimale.
Mais il reste l'essentiel ! Avec sa présence écrasante de statue du commandeur, Masur fait passer un frisson de ferveur chez tous les interprètes et garde tendu le grand arc de cette musique bouleversante, malgré toutes les imprécisions. Les solistes atteignent des sommets d'intensité, que ce soit le ténor Paul Groves et le baryton Hanno Müller-Brachmann dans les poèmes anglais d'Owen, ou la soprano Olga Gouriakova dans le texte latin du Requiem, savamment mêlés par le compositeur : ces héritiers de Pears, Fischer-Dieskau et Vichnevskaïa, les créateurs, ont compris que chez Britten la voix est le porte-parole de l'humanité. Une soirée dont l'on ne sort pas indemne.

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