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Interview Bernard Haitink / Le Figaro / 12 juin 2007 |
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Haitink et Debussy : une première scénique
Propos recueillis par JEAN-LOUIS VALIDIRE. Publié le 12 juin 2007
Le chef dirige sa première version scénique de « Pelléas et Mélisande » au Théâtre des Champs- Élysées à partir du 14 juin. Il retrouve l'Orchestre national de France et une distribution de qualité. Les deux rôles-titres seront interprétés par Magdalena Kozena et Jean-François Lapointe. Marie-Nicole Lemieux sera Geneviève et Laurent Naouri, Golaud.
LE FIGARO. - Pourquoi avoir abordé aussi tard cet opéra dans votre carrière ?
Bernard HAITINK. - Pelléas n'est pas une oeuvre que l'on
dirige tous les jours. Cet opéra ne peut et ne doit pas devenir une
« routine ». Je l'ai dirigé en version de concerts avec l'Orchestre
national il y a trois ans et ensuite à Boston. Je voulais le faire avec
Loren Hunt qui est malheureusement décédé et puis Anne-Sophie von Otter
n'était finalement pas libre...
Vous donnez plus l'impression d'être intéressé par la direction symphonique que par l'opéra...
J'ai pourtant fait de nombreux opéras à Covent Garden, Mozart ainsi que le Rake's Progress et Fidelio,
à Glyndebourne beaucoup de Strauss et de Wagner ; pas beaucoup d'opéras
italiens, c'est vrai, car c'est trop loin de mon tempéra ment mais
quand même Don Carlo. Ce qui m'attire maintenant, ce sont des oeuvres comme Parsifal et Pelléas. Ce que j'appelle, en souriant, des opéras de vieil homme.
Qu'est-ce qui relie pour vous Debussy à Wagner ?
Dans l'interlude de Pelléas, il y a pratiquement des citations de Parsifal.
Wagner a eu bien entendu une grande influence sur Debussy même si ce
dernier s'en est émancipé. C'est vraiment un merveilleux génie
français. Quand je veux écouter de la musique pour mon plaisir, je me
tourne vers ses Préludes pour piano ou sa musique de chambre.
C'est un compositeur extraordinaire et c'est très difficile d'expliquer
avec des mots ce qui m'attire chez lui. Il l'a exprimé mieux que je ne
pourrais le faire en disant qu'il s'agissait d'une musique qui sort de
l'ombre.
Est-ce que vous pensez qu'il faut un orchestre spécifique pour interpréter cette musique ?
J'aime beaucoup l'Orchestre national que j'ai dirigé il y a trois ans.
Sous la direction de Kurt Masur, il a, depuis, encore beaucoup changé
et pour le mieux. Le Boston Symphony Orchestra a aussi une prédilection
pour ce genre de musique à cause de Pierre Monteux et bien sûr Charles
Munch qui l'a façonné pendant plus de dix ans. Des musiciens de
l'orchestre parlent encore de sa façon de répéter et quelquefois de ne
pas répéter. Il avait un tel tempérament pour diriger sur le vif. Il
pouvait faire sortir le son.
Avez-vous besoin de longues séances de répétition ou vous inspirez-vous à cet égard de Munch ?
Je ne demande jamais un nombre excessif de séances. J'essaye d'établir
une très bonne relation avec l'orchestre. Si je sens qu'ils ont fait ce
qui était nécessaire, ce n'est pas la peine d'insister. De toute façon,
si cela ne marche pas au bout de quatre répétitions, cela n'ira pas
mieux à la cinquième...
Quelles sont les spécificités des orchestres que vous avez dirigés ?
Même si cela peut paraître égoïste, je ne cherche pas à savoir quelles
sont les différences, j'apporte ma conception avec moi et je ne peux
pas me changer. Je demande des choses qui me plaisent. Bien sûr, les
orchestres ont leur spécificité. Masur a par exemple fait un travail
considérable avec l'Orchestre national qui est devenu une formation
proche de celles d'Europe centrale. Mais je ne sais pas ce que c'est
qu'un son français. Quand on écoute les vieux enregistrements, on
entend les bassons et les cors qui ont un fort vibrato, mais cela
n'existe plus aujourd'hui. Les instrumentistes français sont
excellents. Il y a une tradition de flûtistes et de hautboïstes très
intéressante.
Est-ce que les chanteurs actuels sont à la hauteur des contraintes de Pelléas ?
Je sais bien qu'il est naturel de penser que le passé est toujours
meilleur. Mais nous avons une distribution merveilleuse, un excellent
metteur en scène, Jean-Louis Martinoty, qui est respecté par les
chanteurs.
Avez-vous écouté les anciens enregistrements avant de vous plonger dans cette production ?
Ce serait idiot de ne pas le faire. Mais, il faut d'abord connaître la
partition. Il y a de jeunes chefs qui, lorsqu'on leur demande de
diriger une oeuvre, commencent par écouter les enregistrements. Si vous
faites cela, vous ne connaissez jamais l'oeuvre. Il faut d'abord se
battre avec la partition avant de savoir comment les autres la jouent.
Par exemple, l'interprétation de Roger Désormière avec Irène Joachim et
Jacques Jansen est digne d'intérêt, mais les voix, en 1941, sont prises
très près du microphone ce qui rend le rythme très rapide. Ce n'est pas
le tempo original comme vous auriez pu le croire si c'était votre
premier contact avec l'oeuvre.
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