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Interview Kurt Masur / Le Figaro / 18 juillet 2007 |
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Kurt Masur : les 80 ans d'une légende musicale
Propos recueillis par JEAN-LOUIS VALIDIRE. Publié le 18 juillet 2007
C'est aux Proms de Londres que le directeur musical de l'Orchestre national de France fêtera ses 80 ans, ce soir (*), à la tête de la formation à laquelle il a rendu son lustre. Il cédera la place la saison prochaine à Daniele Gatti mais continuera d'exercer, en tant que directeur honoraire, un rôle effectif au sein de la prestigieuse phalange de Radio France.
LE FIGARO. - Votre notoriété dépasse le monde de la musique depuis
le rôle que vous avez joué lors des manifestations de Leipzig qui ont
précédé la chute de l'Allemagne de l'Est. Comment avez-vous vécu ce
mélange entre politique et musique ?
Kurt MASUR. - Je suis et je reste avant tout un musicien. J'ai
juste senti que je pouvais aider en tant qu'être humain. J'ai traversé
tellement d'expérience... Quand j'ai eu cinq ans les communistes et les
nazis se sont affrontés en Allemagne, puis il y a eu la persécution des
juifs. J'ai été enrôlé dans la Jeunesse hitlérienne où j'ai dirigé
l'orchestre avant de partir au front. Ensuite les communistes ont pris
le pouvoir. Une expérience qui m'a appris comment les mêmes personnes
peuvent se conduire différemment selon le système qui les gouverne. Le
jeu des politiciens est toujours le même, c'est le gain du pouvoir qui
les conduit et ils en oublient le peuple.
Quels enseignements musicaux avez-vous tirés de ces expériences ?
J'ai eu la chance de diriger des concerts dans tous les pays du monde,
de la Russie à l'Italie, en passant par l'Angleterre et les pays
scandinaves, ce qui m'a permis d'acquérir de l'intérieur le sens des
styles et des traditions. Les différences sont quelquefois infimes mais
parfois énormes. C'est cette expérience acquise petit à petit que je
peux transmettre aux orchestres d'aujourd'hui qui en ont besoin car on
a de moins en moins de formations traditionnelles. Je donne de plus en
plus de master-classes à travers le monde.
Quelles différences avez-vous perçues entre les orchestres que vous avez dirigés ?
En Amérique, les musiciens sont très virtuoses et techniquement
parfaits, mais leur connaissance des styles est moins approfondie. Cela
dépend en fait de qui les dirige. Par exemple George Szell à Cleveland
leur avait appris à jouer Mozart et Beethoven. Le Philharmonique de New
York peut tout jouer mais il faut leur expliquer le style alors que si
vous êtes en face du Philharmonique de Berlin, les musiciens savent
tout de suite comment jouer Brahms. Une autre différence fondamentale
est que les musiciens d'un orchestre américain comme celui de New York
font leur travail, puis regagnent leur domicile en oubliant tout alors
que ceux du Gewandhaus de Leipzig se sentent vraiment membres de
l'orchestre et de la ville. À Leipzig, tout le monde, même les gens qui
ne vont jamais au concert, sont fiers du Gewandhaus.
Pensez-vous qu'un chef doit rester longtemps à la tête d'un
orchestre comme dans le temps alors que l'on observe aujourd'hui un
grand turnover ?
Ce n'est effectivement pas sain. Le danger est que les managers
prennent le pas sur les chefs. Certains comités directeurs veulent
changer de chefs juste pour changer les visages. J'ai peur que les
considérations économiques prennent le pas alors qu'il faudrait une
coordination entre les deux domaines.
À Paris, vous avez en fait trouvé les mêmes conditions qu'à Leipzig...
Je suis très content que Radio France ait deux orchestres et j'espère
que cela va durer. Si Paris se dote en plus d'une nouvelle salle de
concert, cela ne fera qu'augmenter l'offre pour un public qui souhaite
écouter de la musique comme il veut aller au musée. Dans tous les pays,
comme ne Espagne, où l'on construit des salles, on remarque une
augmentation de la fréquentation.
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