Pause de jeu

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Patrick MANET
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Re: Pause de jeu

Message par Patrick MANET »

Maryse a écrit : 07 mai 2026, 12:21 Moi je l'écoute en me disant "c'est un génie !", lui il pleure car il n'aime pas ce qu'il fait.
:D :D :D
Peut-être que très sensibles, les musiciens sont par conséquent fragiles...
sencha
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Re: Pause de jeu

Message par sencha »

:mrgreen: C'est vrai

Pour moi c'est la pulse, y a un truc qui est fragile, et surtout pas posé, pas du tout apaisé. Je joue et bosse énormément, mais j'ai pas réussi à solutionner le truc, même si les conseils de Zenino m'on fait beaucoup de bien.
Bon.... Que dire ? :D
T'inquiète, c'est super cool d'échanger
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Maryse
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Re: Pause de jeu

Message par Maryse »

sencha a écrit : 07 mai 2026, 12:35 Pour moi c'est la pulse, y a un truc qui est fragile, et surtout pas posé, pas du tout apaisé.
Alors ce truc de la pulse je l'ai grave eu ! exactement ça. Fragile, pas posé, pas apaisé.
Et j'affirme aujourd'hui que dans toutes les longues pauses que j'ai faites (6 mois, 9 mois) dans lesquelles je n'ai pas du tout touché mon biniou, à chaque fois que j'ai repris la contre, ça spécifiquement avait évolué. ça c'était calé, déposé, solidifié et apaisé.

Ensuite, on en a déjà parlé tous les deux, j'ai beaucoup bossé avec le métronome à la ronde voire la double ronde, sur des tempi vraiment lents (le métronome à 12 par exemple, du coup un tempo à 48 bpm). Mais finalement c'est assez récent... j'ai commencé ce taf de cette manière avec le métronome vers 2018, très récemment finalement (j'ai 57 ans, j'ai commencé la zic à 6 ans, la basse électrique à 15, la contre à 27, en 1996). Ce taf là a donc débuté après certaines de mes longues pauses.
Je ne peux que me dire que les pauses ont permis à cette graine de stabilité de s'enraciner finalement. Bon... c'est mon expérience. On a très envie de dire "ça marche pour tout le monde, vazy fais le !" évidemment :D

C'est surtout une heure de cours avec Gilad Hekselman en 2014 qui m'a fait comprendre l'importance de ce genre de taf, mais j'ai mis 4 ans avant de vraiment m'y atteler. Comment réveiller la régularité de son horloge intérieure ? Comment être solide ?

Mais le "piège" du taf avec le métronome qui bat une fois tous les 4, 6 ou 8 temps c'est qu'au bout d'un moment, on devient vachement précis. La moindre imprécision s'entend comme un éternuement dans une cathédrale. Et quand tu joues ensuite avec des personnes qui n'ont pas cette conscience là, c'est un peu perturbant. C'est nécessaire de trouver un compromis dans le jeu collectif. Surfer sur une respiration collective et non pas être l'unique dépositaire de la régularité. Pour ça, l'écoute du classique, en particulier les petites formations type quatuor, c'est hyper important pour relativiser la cohésion des mouvements d'ensemble.

Vidéos pédagogiques sur la contrebasse https://www.youtube.com/playlist?list=P ... LB5VS6rSqn
Tests micro un peu en vrac... https://soundcloud.com/user706709239
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frazi
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Re: Pause de jeu

Message par frazi »

Maryse a écrit : 07 mai 2026, 10:41 Mais il y a cette envie/nécessité de partager. D'où ça vient, ma foi... Comme ça. Comme quand on fait un gâteau qu'on a envie de partager.
Durant de très nombreuses années, j’ai fréquenté un type au boulot, genre ingénieur taiseux mais qui n’en pense pas moins, avant d’apprendre qu’il pratiquait secrètement la guitare classique dans le privé et qu'à l'occasion il s’adonnait à la lutherie. Pas du genre à raconter des conneries, j’imaginais qu’il devait avoir un assez bon niveau vu celui de son exigence au boulot. Je lui demande donc avec qui il jouait et s’il lui arrivait de se produire. Il me répondi alors qu’il jouait seul dans son salon, quelques fois avec sa femme au clavecin, mais qu’il était hors de question pour eux de se produire en public. Trop vulgaire sans doute …

Pour ma part, je pense qu’on ressent probablement plus l’envie de partager sa musique qu’un gâteau fait avec amour de ses blanches mains. Surtout en cas de famine … ça doit tenir à la nature profondément éphémère et immatériel de la musique qui, de ce fait, nécessite la présence de témoins pour être tout à fait accomplie. Encore que l’on pourrait dire la même chose d’une peinture. Est-ce qu’un peintre se donnerait la peine de peindre une toile dont il serait certain qu’elle ne serait jamais vue ? un oiseau persévèrerait il à chanter s’il se savait seul au monde ?

Comme musicien amateur et besogneux, je n’éprouve pas spécialement le besoin de me produire en public. Je le fais quand l’occasion se présente. Le genre d’annonce sur Zikinf qui fixe comme objectif de jouer rapidement dans les bars où personne ne nous écoute ne m’attire pas plus que ça et, hormis pour l’orchestre au sein duquel j’ai sué sang et eau sur les mêmes partitions pendant 6 mois, je ne me sens pas non plus au niveau pour assurer un concert d’une heure de musique plus ou moins improvisée devant un public venu vraiment pour ça .

Si bien que les selfies constituent pour moi un bon palliatif. On choisit un beau morceau et on prend le temps qu’il faut pour le jouer et l’enregistrer correctement, tout au moins du mieux possible. Seules les personnes intéressées prendront le temps de le regarder. On ne nuit donc à personne, sauf à la planète tout entière bien sûr. Mais ça, comment faire pour vivre en dehors de son temps ? que celui ou celle qui n’a jamais rien poster ni jamais lu sur les réseaux sociaux, à commencer par ce forum, me jette la première pierre.

En tout cas le selfie nous pousse à mieux faire. Car il est bien vrai qu’à s’écouter, on porte en principe un jugement extrêmement sévère sur soi-même. Le selfie agit comme une loupe grossissante sur nos propres défauts. Quand je m'écoute en groupe, je n'entends que moi avec la même grimace que mister Bean quand il est frustré. Même certains professionnels que j’ai eu le privilège de pouvoir enregistrer s’auto-censurent là où moi je ne vois rien de choquant à première vue.

Quand des années après je revisionne certaines de mes vidéos, il m’arrive de me dire, « Hmmm, ce n’était pas si mal en fin de compte ». Bon, il m’arrive aussi de me dire le contraire. Mais c’est quand même valorisant. « Bel effort. Essaye encore … »

Car ce qui compte avant tout, c’est l’honnêteté et la sincérité avec laquelle on fait les choses. J’ai le souvenir d’une audition de piano dans un conservatoire, où l’élève en fin de troisième cycle, terrorisée, la bouche sèche, les mains tremblantes sur le clavier, avait dû s’y reprendre à 3 fois pour parvenir à passer les 10 premières mesures. Au final, il y avait une telle émotion dans son jeu que ça avait été mon interprète préférée, loin devant le type magistral qui en arrivait à jouer quasi debout sur son clavier emporté par son élan ébouriffant.

Je suis dyslexique, je n’ai pas de mémoire, j’ai l’oreille musicale, certes, mais je suis nul en dictée de notes. Coté rythme je me débrouille du moment que ce n’est pas impaire au-delà de 3 temps … j’ai débuter la musique à 44 ans, en 2004, suite à un chagrin d’amour. Rien ne me prédisposait à faire de la musique en dehors de l’envie que je nourrissais d'en faire depuis tout petit déjà, en écoutant Picolo et Saxo sur mon tourne "diquse". J’ai voulu faire de la contrebasse. Cet instrument était entré inconsciemment dans ma tête certainement en raison des disques qu’écoutait ma mère où la contrebasse était encore utilisée dans les studios pour accompagner les chanteurs comme Ferré, Brassens, Barbara, et très certainement aussi en raison d’un petit 45 tours de tango où, dans mon souvenir et avec le recul, la contrebasse apportait une chaleur toute particulière.

Puis, adolescent, j’ai découvert le jazz. Je trouvais que les contrebassistes avaient tous quelques choses de particulier dans leur attitude, avec leur instrument encombrant qui leur donnait un air emprunté quand ils se déplaçaient, presque comiques. Ça les rendait sympathiques à mes yeux. Je compatissais. J’aimais bien aussi les solos de contrebasse. Bref j’étais sensibilisé. Puis un jour se fut le choc en découvrant l’album The Sound Of Bass de François Rabbaht. Puis Scott LaFaro dans Sunday At The Village Vanguard. Alors quand j’ai eu le moral dans les chaussettes et que j’ai appris qu’on donnait des cours de contrebasse à l’école de musique près de chez moi, je me suis dit « pourquoi pas ». Je me suis pointé à mon premier cours les mains dans les poches. Le prof m’a regardé et m’a demandé : « tu as une contrebasse à la maison ? », moi «heu, non», « procure toi une contrebasse pour pouvoir travailler chez toi et viens me revoir après ». Fin de mon premier cours …

Voilà, depuis je crois pouvoir dire que la contrebasse radicalement changé ma vie. Alors je ne suis pas très doué, c’est vrai. J’aime plaisanter en disant que j’ai choisi cet instrument parce qu’on a besoin que de 5 doigts pour en jouer, ce qui le rend moins complexe que les autres instruments, en dehors du triangle bien évidemment.

En cas de découragement, oui, il y a toujours le son de l’instrument pour nous motiver. C’est effectivement un bonheur sans égal quand on parvient à faire sonner son instrument comme on le souhaite. C’est pourquoi j’invite les débutants motivés à investir rapidement dans du bon matériel, quitte à faire des sacrifices. J’ai mis beaucoup trop de temps à comprendre ça. Et je le regrette. Aujourd'hui c'est rien que du bonheur.

En cas d’ennui, je préconiserais de varier les styles et notamment de pratiquer l’orchestre. C’est un bon moyen d’échapper à l’enlisement et on bénéficie d’un phénomène d’entrainement. La pratique simultanée, voir alternative, de l’orchestre et du « jazz » par exemple, conduit à un enrichissement mutuel des deux disciplines. On évolue et apprend bien qu’avec la diversité et la nouveauté qui éveillent l’intérêt. On découvre de nouveaux univers, en rencontre de nouvelles personnes.

La culture de l’orchestre est déjà tout un monde en soi. Je vous invite d’ailleurs à aller voir l’excellent documentaire « Nous l’Orchestre » qui vient de sortir au cinéma. Une plongée immersive au sein de l’orchestre de Paris. Tout y est. Certaines choses échapperont sans doute à ceux qui ne connaissent pas ce milieu, les autres s’y retrouverons totalement, même comme amateur. Ils seront étonnés et rassurés de constater que même chez les professionnels, à ce niveau d’excellence, on se perd dans les partitions, on papote au sein du pupitre, on compte les mesures sur ses doigts, ou à voix basse, on vient au secours de son voisin et vis-versa, on s’ennuie aussi et on s’adonne justement à d’autres pratiques musicales en petit groupe pour retrouver de l’intérêt.

Puisse mon témoignage aider à redonner envie et courage et à celles et ceux qui l’auraient perdu. Que serait notre vie sans la musique ? mieux vaut ne pas y penser ...

Quant à la place des femmes dans la musique, pour être tout à fait complet sur le sujet, je pense qu’il ne manque pas d’exemples fameux. J’invite tous les virilistes qui veulent guérir de leur maladie à faire du sport dans un club avec des femmes ayant un niveau supérieur au leur. La guérison est assurée.
Dernière modification par frazi le 09 mai 2026, 19:58, modifié 2 fois.
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Re: Pause de jeu

Message par Maryse »

Très joli partage !
Il est bon ton gâteau, Frazi :)

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Re: Pause de jeu

Message par sencha »

Oui Frazi, la sincérité :heart: c'est pas toujours facile, mais c'est un peu comme un mantra.

J'ai pratiqué un peu d'orchestre classique, à mon petit niveau. La toute première fois, j'ai pleuré quand l'orchestre a commencé à jouer. Un orchestre c'est magnifique et quand on touche aux grands compositeurs, y a pas de mots pour ça. Malheureusement je n'aime pas le "monde" de la musique classique, les inégalités et les classements militaires des pupitres, de l'horreur des concours d'orchestre. De la prise commune de médicaments pour contrer le trac, De la main mise du marché par des institutions, des fondations, des systèmes financiers, qui attirent tous les requins et profiteurs, qui contrôlent les écoles, les élèves, le prix des instruments, etc...

D'un côté j'ai le regret d'avoir commencé tard mon instrument et de ne pas pouvoir faire une carrière dans un orchestre (je suis passionné par le jazz avant tout, mais j'écoute également beaucoup de classique) peut-être que j'en aurais pas eu les capacités. Mais d'un autre côté, je suis content d'avoir passé 40 balais, et de ne pas croire aux contes de fées qu'on fait gober aux élèves et futurs professionnels. Ça fait un peu vieux râleur, genre c'était mieux avant... Moi j'aimais bien avant :mrgreen: Je pense que le milieu mériterait d'être repensé dans sa globalité.
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Re: Pause de jeu

Message par frazi »

Oui j'ai déjà entendu parlé de la tyrannie qui peut régner dans les conservatoires, ainsi que des problèmes d'égo au sein des orchestres professionnels, le pire étant je pense de devoir vivre ensemble 24H24 lors de leur nombreux déplacements (hotels, voyages, etc.) et de baigner en permanence dans le bruit de la musique au point de ne plus supporter d'en écouter ou d'en entendre parler dans le privé. Derrière la belle façade se cache parfois des vies de forças.

C'est tout de même bien différent au sein des orchestres amateurs où nous venons pour le plaisir et non dans l'obligation d'assurer notre pitance.
Pour peu que le chef soit expérimenté, c'est à dire exigeant mais aussi patient, confiant, bienveillant, c'est plutôt agréable. Les musiciens connaissent les difficultés et sont aussi, d'après mon expérience, bienveillant entre eux également.

Le plus difficile quand on est mauvais lecteur comme moi est de débuter un nouveau programme. Cela nécessite beaucoup de travail et un temps d'adaptation. Mais on y arrive toujours et ça ne m'inquiète plus.
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ctuellement, je fais un autre taf

Message par Maryse »

frazi a écrit : 11 mai 2026, 08:21 le pire étant je pense de devoir vivre ensemble 24H24 lors de leur nombreux déplacements (hotels, voyages, etc.) et de baigner en permanence dans le bruit de la musique au point de ne plus supporter d'en écouter ou d'en entendre parler dans le privé.
Oui ça rentre en effet dans l'équation "fatigue globale", même sans être dans des structures de type orchestre.

Actuellement, je fais un taf totalement différent (déléguée à la protection des données, consulting en entreprise). Je me suis pris un peu le bec avec mon collaborateur (nous sommes de la même famille) quant à une forme de relation professionnelle qui dépasse ce simple cadre et qui déborde avec une forme de permissivité sur un champs familial où du coup, "on" se permet de se laisser aller à râler pour un oui pour un non (le "on" étant mon collaborateur). Quand je me suis ouverte à ceci, il m'a répliqué entre autre "oui mais dans une boite c'est comme ça parfois, si tu avais 25 ans de boite tu comprendrais". Ce à quoi je lui ai répondu que j'ai quand même 25 ans de "boites" artistique, et que dans les contextes tournées/studio (qui sont des huis-clos) + les personnalités artistiques (dont la mienne) qui ne sont pas forcément les plus faciles à gérer dans la co-habitation, je connaissais aussi les tensions issues du monde du travail. Et que ça n'excuse pas des débordements systématiques.

Tout ça pour dire que dans l'imaginaire de plein de gens, t'es artiste, tu joues du jazz, tu vis de ta passion (gros fantasme), tu te fends la poire tous les jours en fumant des gros bédos. Alors que non. Les réalités sur le terrain sont tout aussi stressantes et potentiellement impactantes, comme le décrit sencha par exemple, avec la gestion du trac, la compétitivité, la performance attendue etc etc.

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